L’Union européenne indignée par le recours à la force à Kinshasa

Les représentants de l’UE en République Démocratique du Congo ont exprimé mardi leur « indignation » suite aux affrontements armés qui ont eu lieu à Kinshasa du 22 au 25 mars derniers. Ils estiment que « toutes les voies de négociation n’étaient pas encore épuisées ». Selon l’ambassadeur de l’Allemagne, le nombre de morts pourrait atteindre 600.

De notre correspondant à Kinshasa, Désiré Baere

Les chefs des missions diplomatiques des Etats membres de l’Union européenne (UE) « déplorent le recours prématuré à la force alors même que toutes les voies de négociation n’étaient pas encore épuisées », a déclaré mardi l’Ambassadeur d’Allemagne en RDC, Karl-Albrecht Wokalek, expliquant que l’UE négociait depuis 10 jours avec les deux parties. « On était sur la voie du dialogue pour trouver une solution au désarmement de la garde de l’ex vice-président », a précisé le diplomate allemand, dont le pays assure la présidence tournante de l’Union. Et d’ajouter : « les Chefs de Mission des Etats membres de l’Union Européenne en RD Congo ont exprimé leur « indignation » suite aux affrontements armés qui ont opposé les FARDC, la Garde Républicaine et la Police nationale congolaise, d’un coté, et les éléments assurant la protection du Sénateur Jean Pierre Bemba de l’autre ».

Ces derniers déplorent les moyens militaires déployés qui se sont « avérés inadaptés » car ils ont causé « la perte de nombreuses vies humaines parmi lesquelles des civils». L’ambassadeur allemand estime d’après les chiffres récoltés auprès des hôpitaux et des morgues que près de 600 personnes ont pu trouver la mort dans les affrontements. Dans la déclaration lue à la presse, les représentants des 27 « condamnent les pillages et les viols commis par les militaires des deux camps et demandent aux autorités congolaises d’appeler les forces de l’ordre à la retenue et à la discipline ».

Garantir l’exercice de la démocratie par la libre expression

De la même façon, les diplomates européens demandent aux autorités congolaises « de tout mettre en œuvre pour garantir la libre expression de toutes les opinions politiques », notamment celle de l’opposition. Sur ce sujet précis, l’Ambassadeur du Royaume Uni, Andy Sparkes, a attiré l’attention sur le fait que « M. Bemba a gagné 42% du vote du peuple congolais et quoi que l’on pense des événements des derniers jours, cela lui donne une certaine importance sur le plan politique. Et la stabilité de ce pays est attachée à ce qui arrivera à M. Bemba ».

Son collègue allemand, abondant dans son sens, estime qu’il « doit y avoir un cadre pour l’opposition politique pour manœuvrer dans un système démocratique républicain de type parlementaire ». Reprenant la parole, l’ambassadeur britannique juge que « le processus a été gravement blessé et il faut absolument le guérir (…) Il faut un nouvel esprit de réconciliation et nous voulons voir un vrai engagement de la part des autorités d’accepter le rôle légitime et important d’une opposition démocratique, et de réaffirmer l’importance de la liberté d’expression dans ce pays ».

Les ambassades essuient des tirs d’arme lourde

Les Ambassadeurs européens ont, en outre, « exigé » le respect des droits de l’homme et surtout du droit international humanitaire, en demandant « que les auteurs des crimes et pillages soient jugés ». Tout en « prenant acte des excuses des autorités congolaises en ce qui concerne la violation de la protection des missions diplomatiques ainsi que de leurs agents », l’Ambassadeur d’Italie, Léonardo Baroncelli, a rappelé que l’Article 22 de la Convention de Vienne « prescrit l’inviolabilité d’une mission diplomatique, de la résidence du chef de la mission et l’obligation spéciale de l’Etat créditaire de prendre toutes les mesures appropriées pour garantir » leur sécurité.

Auparavant, l’Ambassadeur d’Allemagne avait indiqué que « les bâtiments des Ambassades d’Italie, de Grèce et d’Espagne ainsi que les bâtiments de l’UNICEF et de la BIAC (Banque internationale pour l’Afrique au Congo) « qui travaillent pour le développement de ce pays », ont essuyé avec des tirs d’armes lourdes.

L’aide alimentaire n’est pas remise en cause

Le chef de la délégation de l’Union Européenne au Congo, Carlo de Filippi, a pour sa part estimé que son organisation doit « continuer à travailler pour faire en sorte que le dialogue et l’inclusivité aient le dessus sur la violence. Et d’ajouter : « nous comptons travailler sur le cadre politique et législatif pour que l’investissement et l’aide au développement puissent être encore plus effectifs ». Dans ce cadre, « il y a un pilier important, c’est la réforme du secteur de sécurité… qui nécessite une réforme en profondeur », a-t-il conclu.

L’Ambassadeur de la Grèce, Ioannis Christofilis, a souligné avoir obtenu la promesse des autorités congolaises qu’il y aura une enquête officielle pour « trouver qui et avec quelle responsabilité, sous quelles conditions, ou pour quelle raison on a visé concrètement le drapeau grec et l’ambassade ».

En définitive, les diplomates européens ont tous estimé que ces violations ne doivent pas constituer un chantage par rapport à l’aide qui bénéficie au peuple congolais pour contribuer à le sortir de la pauvreté. C’est dans ce cadre que l’Ambassadeur d’Allemagne a précisé que « l’aide est pour le peuple congolais et non pour le gouvernement. On n’utilise pas l’aide comme une arme contre le peuple congolais ».