L’Union européenne et le Maghreb : quel engagement un an après le « printemps arabe » ? Deuxième rapport sur la sécurité durable au Maghreb

Un an après le début du « printemps arabe », et alors que la situation en Libye est loin d’être stabilisée, la rive sud de la Méditerranée demeure instable et fragile. Pour l’Union européenne et les Européens, cette nouvelle donne impose de renouveler leur approche dans la région. Une situation inédite appelle un nouveau regard. Pour cela, une approche globale s’impose, qui tienne compte des quatre défis que les pays et les peuples du Maghreb ont à relever.

Le premier est incontestablement le défi économique et social. Sans modernisation économique et sociale, sans attention aux attentes concrètes de la jeunesse, les réformes politiques ne sauront suffire à produire des perspectives d’avenir. La question de l’emploi doit être au cœur des préoccupations des dirigeants. L’incitation à la poursuite d’une ouverture politique doit s’accompagner dans les pays maghrébins d’une remise à plat des modèles de développement. Si le Maroc dispose sans doute de la stratégie la plus offensive, l’économie tunisienne est aujourd’hui fragilisée et l’Algérie garde une économie de rente caractérisée par la fermeture.

Seule la réponse apportée à ce défi économique et social permettra de relever le défi de la démocratisation. Si les révolutions ont rappelé les aspirations au changement des populations, les résultats des élections consécutives ont brutalement refroidi nombre d’observateurs. Mais le principe de réalité doit s’imposer à tous, à commencer par les partenaires du Maghreb. Tout est œuvrant au renforcement du cadre et des pratiques démocratiques, il convient de ne pas diaboliser les nouvelles équipes au pouvoir, de travailler avec elles et de les juger sur leurs seuls actes.

Sur le long terme, l’amélioration économique et sociale aidera aussi à faire face au défi de la sécurité. Malgré l’agitation de groupes radicaux, notamment salafistes en Tunisie, Al Qaïda et les mouvements terroristes qui ont cherché à s’appuyer sur la contestation n’ont, jusque là, pas rencontré de grand succès au Maghreb. Cependant, un autre danger réside pour les pays maghrébins dans la hausse considérable de l’insécurité dans la bande sahélo-saharienne, sous le double effet de l’enracinement des groupes terroristes et des répercussions de la guerre en Libye, avec en toile de fond les difficultés à mettre en place une véritable coopération régionale.

Mais il n’y aura pas de progrès économique et sociale sans une volonté forte de relever le défi de la coopération. Malgré quelques timides avancées, le « non-Maghreb » est en effet encore une réalité, avec notamment la persistance de la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc. À cet égard, le « printemps arabe » devrait constituer une opportunité dans la prise de conscience de la nécessité d’une intégration régionale. Cependant, toute amélioration risque de se heurter au non-règlement du conflit du Sahara occidental malgré la proposition d’autonomie présentée par le Maroc en 2007, solution la plus crédible et la plus réaliste. En tout cas, les Européens ont tout à gagner à appuyer les initiatives allant dans le sens de plus grandes synergies.

Au final, l’enjeu d’un engagement réussi de l’Europe au Maghreb demeure et implique une capacité des acteurs européens à s’approprier la nouvelle politique de voisinage et à construire un vrai projet géopolitique euro-méditerranéen et euro-arabe, avec des perspectives, des objectifs et une volonté politique claire. La cacophonie parfois constatée est contre-productive. À l’inverse, la création du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) peut constituer une raison d’espérer. Mais cela risque de prendre du temps. Un temps qui, pour beaucoup, manque aux États maghrébins.

Le rapport sera rendu public le jeudi 16 février 2012 à l’occasion de la deuxième Rencontre sur la Sécurité durable au Maghreb le jeudi 16 février 2012. Tous les renseignements sur http://www.institut-thomas-more.org et

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