L’Union dans le coma

La nouvelle a surpris tout le monde. Le sommet de l’Union du Maghreb arabe (Uma) est reporté sine die. Motif officiel : c’est le guide libyen Mouammar Kadhafi qui en a demandé le report. Un report qui risque fort de signer la mort de l’Uma, une union fragile qui n’a jamais trouvé sa base de lancement. A ce jeu de quilles, les responsables nord-africains sortent tous perdants. Rabat et Alger n’ont pas pu surmonter leurs différends sur le Sahara occidental, faisant de l’Union une coquille vide, dénuée de sens et de vision politique.

Le roi Mohamed VI marque des points sur le plan politique en mettant Jacques Chirac et l’administration de George Bush à ses côtés. Abdelaziz Bouteflika est heureux de compter sur l’Espagne de Jose-Maria Aznar pour demander -encore et encore- l’autodétermination du peuple sahraoui. Prévu les 21 et 22 juin, le sommet maghrébin devait tenter de dissiper les incompréhensions entre les deux frères ennemis. Il devait aussi symboliser l’élan de la fraternité retrouvée, de la volonté de tourner la page tourmentée des relations entre Rabat et Alger. Mais la question du Sahara occidental a rattrapé les deux capitales. Le dernier sommet de l’Uma remonte à 1994. Il risque de l’être pour longtemps.

L’Uma, qui comprend la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie, est plongée dans un long coma. Pour la ranimer, les chefs d’Etat ont besoin d’avoir une vision politique commune. Une volonté commune. Depuis quelques années, chaque pays a opté pour une politique de développement séparée. Tripoli a définitivement tourné le dos au nord pour étendre son influence vers l’Afrique subsaharienne, Rabat a décidé de se rapprocher de l’Union européenne, notamment dans le domaine économique, et Alger tente de jongler avec ses identités contrariées en se rapprochant de l’Europe mais aussi en lorgnant vers le Proche-Orient.