L’UNIFI donne leur chance aux jeunes de banlieue

Mamadou Mané et Nassim Boughanmi

Former des jeunes faiblement qualifiés issus des quartiers défavorisés aux métiers de la distribution de produits d’épargne et d’assurances vie, c’est le pari qu’entend relever Rodolphe Pedro en ouvrant l’UNIFI (L’Université de la finance). Une démarche que le dynamique président-fondateur de la Compagnie française de conseil et investissement (CFCI) a déjà initiée au sein de son entreprise, et qu’il voudrait élargir au plus grand nombre. Ce self made man juge que la réussite n’est pas affaire d’origine, de couleur, ou de diplôme. L’UNIFI, qui propose une formation sur un an largement axée sur la pratique, a ouvert ses portes, jeudi, à Lyon (France), dans les locaux de l’Idrac, une école de commerce.

« La sagesse africaine dit qu’on ne donne pas le poisson, mais qu’il faut apprendre à ceux qui en ont besoin à le pêcher. » Ainsi Rodolphe Pedro résume-t-il sa démarche. Ce chef d’entreprise originaire de la banlieue lyonnaise a décidé d’ouvrir les portes de la finance aux jeunes issus, comme lui, des quartiers difficiles. « J’ai toujours su qu’on pouvait venir de n’importe quel milieu et réussir, parce que c’est mon histoire », clame-t-il. A 37 ans, Rodolphe Pedro est le président-fondateur de la CFCI, premier groupe financier indépendant spécialisé dans la gestion de patrimoine. Une trajectoire hors norme pour un homme sorti très tôt et sans diplôme du système scolaire. « J’ai arrêté l’école, j’avais 16 ans, raconte-t-il. Je me suis marié avec une Marocaine qui a quitté sa famille à 15 ans sans diplôme, et on a tout monté ensemble ».

Rodolphe Pedro et Denis de BénazéPour lui, en France, le monde de l’emploi demeure trop fermé aux jeunes qui n’ont pas fait d’études, et plus encore s’ils sont d’origine étrangère. Une réalité qu’il voudrait transformer en créant l’Université de la finance (UNIFI), un organisme de formation pour favoriser l’insertion dans les métiers de la distribution de produits d’épargne et d’assurances vie. Jeudi dernier, il la lançait à Lyon, dans les murs de l’Idrac, une école de commerce. Denis de Bénazé, directeur général de l’établissement, touché par cette démarche, a mis gracieusement à disposition ses locaux situés dans l’enceinte de l’Université professionnelle internationale René Cassin où la formation sera dispensée. « L’ascenseur social ne fonctionne qu’entre le troisième et le cinquième étage, il faudrait qu’il descende plus souvent au premier et au rez-de-chaussée », a-t-il expliqué, ajoutant avec gravité que « si on ne fait rien, on le paiera un jour ». Un raisonnement logique, qu’il est toutefois le seul, parmi les nombreux responsables d’établissements démarchés par Rodolphe Pedro, à avoir tenu.

L’Etat aux abonnés absents

Mamadou Mané et Nassim BoughanmiLa formation qui sera dispensée aux élèves de l’UNIFI a déjà fait ses preuves. C’est celle enseignée aux quelque trois-cents jeunes embauchés à la CFCI depuis 15 ans, qui sont pour la plupart arrivés faiblement qualifiés. Nassim Boughanmi, 30 ans, est l’un d’entre eux. « Il y a six ans je livrais des machines à laver chez Darty, se rappelle-t-il, et maintenant je suis conseiller financier ». Plus que conseiller financier, il est désormais directeur du cabinet parisien de la CCFI. Il assurera avec d’autres employés du groupe les cours auprès des trente stagiaires sélectionnés sur les deux-cents candidats ayant postulé. Parmi eux, Farouk, 29 ans, et Mhedi, 20 ans, qui sont venus témoigner de leurs parcours. Ils ont découvert l’initiative lancée par Rodolphe Pedro en regardant une émission télévisée qui lui était consacrée. « Je me suis reconnu dans le personnage parti de rien, et qui petit à petit a gravi les échelons », confie Farouk. Sans emploi bien que possédant un diplôme de steward, père d’un enfant, il ne veut plus « enchaîner les petits boulots ». Une situation qu’a bien connue Mamadou Mané, 39 ans. Titulaire d’une maîtrise de droit, il a eu toutes les peines du monde à trouver un emploi stable. Rodolphe Pedro lui a donné sa chance il y a un an, il est aujourd’hui le conseiller le plus efficace de la CFCI.

Farouk et Mehdi« Je suis un chef d’entreprise, ce qui m’importe c’est de savoir si le jeune a envie de travailler, qu’il soit noir ou blanc », déclare M. Pedro. Pour lui, il faut mettre en valeur les jeunes quelles que soient leurs couleurs, leurs origines, et leur donner confiance en eux. C’est, dit-il, sa façon de transmettre son expérience et de « donner un coup de main au mécano social ». Il espérait être soutenu dans sa démarche par l’Etat, mais en dépit de nombreuses promesses de dons, il n’en a pas obtenu un centime. Plutôt que de renoncer, il a décidé de financer la première promotion lui-même, à hauteur de 50 000 euros. Et il espère que, dans les années à venir, il en existera sur tout le territoire français [[Paris, Lyon, Toulouse, Nice, Montpellier, Nantes, Grenoble.]]. Mais il prévient qu’il ne pourra pas rendre la formation pérenne si les pouvoirs publics n’investissent pas dans le projet. Or, le secteur est porteur, il y aura, assure-t-il, statistiques du ministère de l’emploi à l’appui, « besoin de 50 000 démarcheurs financiers entre aujourd’hui et demain ». Gageons que les institutions se rappelleront bientôt de leurs promesses. Les activités et les initiatives de Rodolphe Pedro sont de plus en plus médiatisées, et sa force de conviction comme son optimisme sont hautement contagieux.

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