L’UGTA sur le front du week-end universel

L’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) relance le débat sur le week-end universel en Algérie. Sidi Saïd, secrétaire général de la centrale syndicale algérienne, revient sur la position de son syndicat, qui demande le retour au repos hebdomadaire les samedi et dimanche.

Afrik : Quelle est la position de l’UGTA sur le week-end universel en Algérie ?

Sidi Saïd : Nous ne pouvons pas avoir une position figée sur la question. Nous devons écouter toutes les opinions en présence. Lorsque nous avons initié le débat dans notre journal, cela a soulevé une importante polémique, qui pour moi n’est pas négative. Le retour ou non au week-end universel est un problème d’actualité, et l’UGTA se place du côté de la problématique économique. Bien sûr tout cela est lié à d’autres considérations – notamment religieuses – qu’il faut ménager.

Afrik : Votre but est donc de créer un débat ?

S.S. : A l’UGTA, on créé un débat sans précipitation. Nous voulons avancer à petits pas. L’important est que les opinions soient débattues car l’Algérie souffre aujourd’hui du manque de débat. Une société doit aussi se construire sur la confrontation. Nous avions déjà posé le problème du week-end universel en 1996 lors d’une réunion tripartite. Et nous avions alors proposé une solution intermédiaire : que l’on garde le vendredi après-midi consacré à la religion. Mais que l’on gagne la journée du jeudi et le vendredi matin.

Afrik : Pour vous, le week-end universel est un problème purement économique ?

S.S. : Je pense en effet que l’aspect politique n’est pas le plus important. Il faut vraiment poser le problème en termes économiques. Le week-end universel aura des retombées économiques bénéfiques pour l’Algérie. Il faut nous adapter au changement et nous lancer dans le développement économique. La relance économique qui viendra de la restauration du week-end universel ne pourra avoir que des conséquences positives pour le pays.

Afrik : Pensez-vous que l’Algérie soit  » isolée  » aujourd’hui ?

S.S. : L’Algérie n’est pas complètement isolée, car nous avons quand même trois jours sur cinq pendant lesquels nous pouvons travailler avec le reste du monde. Mais si nous voulons avancer à la vitesse grand V, il faut s’adapter au monde économique moderne. Nous avons une religion noble qui a ses particularités et dont nous devons respecter les conditions. C’est pourquoi nous lançons le débat sans parti pris.

Afrik : Avez-vous des moyens d’action pour infléchir le gouvernement ?

S.S. : L’UGTA n’est qu’un acteur de la société et nous ne voulons rien imposer.

L’opportunité de la décision appartient à l’Etat. Lorsque nous avons proposé le vendredi après-midi religieux, le gouvernement n’a pas réagi. Je crois qu’il souhaiterait que le débat soit plus large pour pouvoir se prononcer. Le plus important aujourd’hui est que les gens débatent avec un recul intellectuel et économique. Ils doivent mettent leurs convictions religieuses et politiques de côté.

Afrik : Pensez-vous justement que la société algérienne débat suffisamment sur ce sujet ?

S.S. : Les gens en discutent. C’est une question qui intéresse tout le monde. Le syndicalisme aujourd’hui ce n’est pas seulement revendiquer, mais c’est aussi faire des propositions précises. C’est ce que nous faisons. Malgré certaines difficultés, je trouve qu’il y a une bonne approche du problème. Notre démocratie est un bébé qui apprend à marcher. Il faut l’accompagner pour qu’il grandisse et s’affirme et c’est le devoir de toute la société de l’accompagner dans cette voie. Il faut décrisper les mentalités sur des positions négatives.