L’opposition camerounaise donne un ultimatum au gouvernement Biya

Une coalition réunie autour de Ni John Fru Ndi a donné un point de presse à Yaoundé. Elle dénonce les irrégularités de la campagne et demande la mise en place d’une nouvelle campagne électorale.

Kah Walla, Albert Dzongang, Paul Ayah Abine, Jean de Dieu Momo, Adamou Ndam Njoya, Bernard Muna et John Fru Ndi se sont réunis pour contester l’organisation de l’élection présidentielle du 9 octobre dernier. Ces leaders des partis d’opposition s’insurgent contre les irrégularités relevées au cours du scrutin. En effet, ils affirment que « plus de 70% des cartes d’électeurs n’ont pas été redistribuées, des doublons ont été constatés sur les listes d’électeurs, les bureaux de vote ont été installés dans les chefferies, l’ouverture tardive des bureaux de vote, la violation du code de bonne conduite, la mauvaise organisation matérielle du scrutin, l’établissement des cartes électorales en dehors des commissions légalement chargées de le faire, l’usage abusif et vexatoire des moyens de l’Etat par le candidat Biya pendant la campagne… » Ces opposants estiment donc « qu’Elections Cameroon a failli à sa mission d’organiser une élection présidentielle libre, juste et transparente le 9 octobre 2011. » Conclusion : ils rejettent tout résultat que pourra déclarer le Conseil constitutionnel, car ils sont « convaincus qu’il n’y a pas eu élection présidentielle au Cameroun le 9 octobre 2011 ». La coalition de l’opposition exige par conséquent « la révision de la loi électorale et la mise sur pied dans un délai de six mois d’un nouveau système électoral qui sera véritablement indépendant et accepté par tous et qui devra conduire la nouvelle élection présidentielle ».

Du côté du RDPC, on se dit serein. Invité du journal de la radio nationale camerounaise, CRTV, Jacques Fame Ndongo, le secrétaire à la communication du parti au pouvoir, a dit que dans le RDPC on attendait les résultats dans la sérénité. Il s’est demandé ce que représentent 7 candidats de l’opposition sur les 22 qui ont pris part au scrutin.

La coalition

Face à cette situation, la question est posée : Pourquoi est-ce maintenant que l’opposition décide de faire coalition alors qu’elle aurait pu le faire avant l’élection ? Ces opposants répondent « mieux vaut tard que jamais » ! Mais à la réalité, on se rend bien compte que dans l’opposition camerounaise, l’intérêt personnel prime sur l’intérêt du peuple. Sinon comment comprendre que pour une élection présidentielle on enregistre plus de 50 candidatures et que les 22 opposants au régime ne prennent pas la peine de s’assoir autour d’une table pour adopter une stratégie commune et un candidat unique.

Maintenant que le scrutin est achevé, sept des vingt deux appellent les Camerounais à descendre dans la rue si leurs revendications ne sont pas prises en compte. Interrogés sur cette situation, quelques Camerounais comme Cédric M. estiment que « ces opposants-là ne sont pas sérieux. Au lieu de se rassembler avant l’élection, c’est maintenant qu’ils le font. Pourquoi faire ? » Un autre de renchérir « ils ont leurs enfants à l’étranger. Ils n’ont pas les mêmes problèmes que nous et ils veulent que nous allions dans la rue ? Ils n’avaient qu’à s’entendre avant ! » De mémoire de Camerounais, l’opposition ici n’a jamais pu s’entendre pour « venir à bout » du régime en place. En attendant qu’elle mette sa menace à exécution, la Commission nationale de recensement générale des votes a annoncé hier que les décomptes étaient terminés. Constitués de 36 membres, sous la houlette de Clément Atangana, cette commission a pu dépouiller les procès verbaux de 58 départements du pays et ceux de la diaspora. La proclamation des résultats est donc attendue. Pendant ce temps, la Cour suprême, siégeant comme Conseil constitutionnel, a ouvert l’audience en vue de l’examen des 20 recours en annulation du scrutin du 9 octobre.