L’ONU condamne le Burkina Faso dans l’affaire Thomas Sankara

Le Comité des droits de l’Homme de l’ONU a tranché, mercredi dernier, en faveur de la CIJS (Campagne internationale justice pour Sankara), opposée à l’Etat burkinabé dans l’affaire dite « Thomas Sankara », ancien président du Burkina Faso assassiné en 1987.

« Le fait que la mort de Thomas Sankara puisse être faussement attribuée à des causes autres que celles qui ont causé son assassinat, mine sa réputation et dégrade le sens de sa vie », souligne le verdict du Comité des droits de l’Homme de l’ONU, lu par les avocats de la veuve du défunt président, Mariam et de ses enfants Auguste et Philippe Sankara.

« Ainsi, le Burkina Faso a l’obligation d’enquêter et de
déterminer les circonstances de sa mort, au lieu de se réduire à simplement rectifier son certificat de décès », ajoute le texte qui précise qu’un manquement à cette obligation est une « atteinte à sa dignité ».

Le Comité des droits de l’Homme de l’ONU considère que le « refus du Burkina Faso » de mener une enquête sur la mort du président Thomas Sankara et la non-reconnaissance officielle du lieu de sa dépouille ainsi que la non-rectification de l’acte de décès, selon lequel le président est décédé de mort naturelle, constituent un « traitement inhumain contraire à la Charte internationale des droits de l’Homme et de la Déclaration internationale des droits de l’Homme » auxquels le Burkina Faso a souscrit.

S’exprimant au cours d’une conférence de presse, les avocats de la CIJS, section du Burkina Faso, Me Prosper Farama et Me Stanislas Bénéwendé Sankara, ont indiqué que ce verdict a été rendu à l’occasion de la 86ème session du Comité des droits de l’Homme de l’ONU reformée en Conseil des droits de l’Homme.

justice pour Sankara

Les deux avocats ont également ajouté que le Comité a mis en demeure l’Etat burkinabé de rendre publiques dans les 90 jours suivant la transmission du verdict, non seulement les constations faites mais aussi donner suite aux mesures qui seront prises pour rétablir le droit.

Le Comité estime que la famille de Thomas Sankara a le droit de connaître les circonstances de sa mort et que le Burkina Faso n’a pas respecté les principes fondamentaux qui garantissent l’égalité, l’impartialité et l’équité devant les tribunaux.

On rappelle qu’en 1997, la Campagne internationale « justice pour Sankara » a entamé, au nom de la veuve Mariam Sankara et de ses enfants, une procédure judiciaire devant tous les tribunaux du Burkina Faso avant d’en être déboutée.

De guère lasse, la CIJS a porté le 15 octobre 2002 l’affaire devant le Comité des droits de l’Homme de l’ONU, présidé par la Canadienne Louise Arbour.

La plainte de la CIJS s’articule sur la violation par le Burkina Faso de ses engagements au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et ses deux protocoles facultatifs.

Président du Comité national pour la révolution (CNR, 1983-1987), Thomas Sankara a été assassiné à 37 ans lors d’un coup d’Etat qui a porté au pouvoir son ancien ministre de la Justice et numéro deux du régime, l’actuel président Blaise Compaoré.

La Campagne internationale « justice pour Sankara », est un collectif d’une vingtaine d’avocats canadiens, africains et européens constitués auprès de la famille Sankara.

La section de la CIJS au Burkina Faso se dit satisfaite du verdit du Comité des droits de l’Homme de l’ONU et espère que la communauté internationale fera pression sur le gouvernement burkinabé afin de l’obliger à se plier aux règles du droit international.

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