L’ONU à l’épreuve de l’impuissance : le réquisitoire de Lula à Barcelone


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Le siège de l'ONU à New-York
Le siège de l'ONU à New-York

Le système multilatéral hérité de 1945 traverse-t-il une agonie irréversible ? Cette question, qui hante les chancelleries depuis des années, a trouvé un écho le samedi 18 avril 2026 à Barcelone. Lors du « Sommet en défense de la démocratie », le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a livré une charge virulente contre les Nations Unies. Quarante-huit heures après cette sortie, l’écho de ses mots souligne la fracture grandissante entre le « Sud global » et les instances traditionnelles de pouvoir.

Un Conseil de sécurité jugé anachronique

Devant un parterre de dirigeants progressistes réunis ce week-end, dont le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, Lula n’a pas mâché ses mots. Pour le leader brésilien, l’ONU a tout simplement « cessé de fonctionner ». Il a notamment pointé du doigt l’incapacité de l’organisation à stopper les conflits majeurs, citant les tensions au Moyen-Orient et la situation humanitaire dramatique à Gaza.

Selon lui, l’échec de l’ONU ne serait pas une fatalité administrative, mais le résultat d’une structure devenue obsolète. « Nous ne voulons plus d’empereurs », a lancé Lula, visant directement les cinq membres permanents (P5) du Conseil de sécurité. Deux jours après ces déclarations, les experts notent que ce discours montre une nouvelle fois que le Brésil, cherche à s’imposer comme le porte-voix des nations exclues du directoire mondial.

Le droit de veto : instrument de paralysie mondiale

Au cœur de cette analyse présentée à Barcelone, le droit de veto apparaît comme le verrou principal du système. Conçu initialement pour garantir l’équilibre entre les grandes puissances de l’après-guerre, il est aujourd’hui perçu comme un frein majeur à la justice internationale. Chaque crise, qu’il s’agisse de l’Ukraine, de Gaza ou de l’Iran, se heurte systématiquement au veto d’un membre du P5, rendant le Conseil incapable d’imposer la paix.

Lula a également rappelé l’injustice de la représentation actuelle : avec 1,4 milliard d’habitants, l’Afrique reste exclue des membres permanents, tout comme l’Amérique latine et l’Inde. Le président brésilien a vivement critiqué cette instabilité diplomatique, affirmant que le monde ne peut plus dépendre des « humeurs numériques » de certains chefs d’État pour assurer sa sécurité collective. Une pique contre Trump évidemment.

Le temps des actes après le temps des discours

L’intervention du 18 avril a servi de tribune pour appeler à une refondation profonde. Pedro Sánchez a rejoint cette ligne de front, plaidant pour une ONU « renouvelée, réformée » et potentiellement dirigée par une femme pour restaurer sa crédibilité. Avec le recul des premières réactions diplomatiques, il apparaît que si le constat de Lula est largement partagé, le consensus sur la méthode de réforme reste toujours à construire.

En quittant l’Espagne, Lula a laissé derrière lui une mise en garde claire : sans une transition vers un multilatéralisme réel et représentatif du XXIe siècle, l’organisation restera une institution du passé. Alors que les chancelleries digèrent ce réquisitoire, l’ONU fait face à son défi le plus existentiel : évoluer pour ne pas devenir totalement insignifiante face aux crises qui s’accélèrent.

Franck Biyidi
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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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