L’Italie va-t-elle légaliser la xénophobie?

Permis de séjour à points, bus pour immigrés, suppressions des bans publics où ils s’assoient et rondes citoyennes d’autodéfense, telles sont les principales mesures que se propose d’instituer la Ligue du Nord, représentée au gouvernement Berlusconi, contre les étrangers extracommunautaires. L’opposition italienne dénonce une nouvelle vexation contre les étrangers. Ces derniers sont sur le qui-vive.

Nouvelle croisade anti-immigrés en Italie. Après les événements de la petite ville de Rosarno dans le sud de l’Italie, où, en janvier dernier, près d’un millier de travailleurs saisonniers africains avaient été chassés par les autochtones, c’est au tour de politiques proches de la Ligue du nord, parti politique réputé xénophobe et représenté au sein du gouvernement de la péninsule, de proposer un durcissement des lois contre les immigrés, originaires des pays non membres de l’Union européenne. Et donc, principalement Africains.

Principale mesure de ce nouvel arsenal administratif et législatif en constitution, le permis de séjour à point, que se propose d’instituer le ministre de l’Intérieur et membre éminent de la Ligue du nord, Roberto Maroni. S’exprimant au sujet d’une initiative qu’il mène conjointement avec son collègue des affaires sociales, Maurizio Sacconi, celui-ci a annoncé, début février dernier, son intention de publier un décret instituant un permis de séjour à point pour les étrangers « extracommunautaires », entendez non membre de l’Union européenne.

Ce permis de séjour tel que l’envisagent les deux membres du gouvernement italien apparaît comme une véritable épée de Damoclès suspendue sur la tête de l’immigré, qu’il soit clandestin, ou en situation régulière. Pour échapper à l’expulsion, celui-ci devra ainsi accumuler trente points sur deux ans. Pour ce faire, il devra avant tout disposer d’un contrat de travail et d’un contrat de bail. Il lui faudra ensuite maîtriser l’italien et prouver qu’il connaît la constitution du pays, en subissant un examen de passage. Il lui faudra enfin être « clean » côté judiciaire, exempt du moindre délit.

Cependant, la Ligue du nord va plus loin. L’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur de la semaine dernière évoque ainsi une proposition venue de la ville de Milan, tendant à instituer des bus spéciaux pour les immigrés. De son côté, le maire de Trévise, important centre commercial du nord-est, se propose, lui, de supprimer les bancs publics où « trop d’immigrés s’assoient », et d’instaurer des rondes citoyennes contre les étrangers. A en croire les dires d’un Africain vivant en Italie, un autre responsable politique plus conciliant aurait récemment proposé que l’on alloue la somme dérisoire de 400 euros à tout immigré sans-emploi pour qu’il rentre dans son pays.

Propositions électoralistes ?

Les ministres de l’Intérieur et des Affaires sociales n’ont pas indiqué dans quelles conditions les cours de langue et de droit constitutionnel seront dispensés. De son côté, l’opposition italienne a dénoncé une nouvelle vexation à l’encontre des étrangers. Analysant le projet de décret sur la connaissance de la constitution et de la langue, elle s’est demandé combien d’Italiens connaissaient la loi fondamentale de leur pays ou en parlaient correctement la langue.

Pour Emmanuel Tano Zagbla, chercheur en relations internationales et expert en migration vivant en Italie, la plupart des propositions de la Ligue du Nord pourraient avoir un caractère électoraliste. Les élections régionales doivent en effet se tenir les 28 et 29 mars prochains, dans 13 des 20 régions de la péninsule. « C’est vrai que tout cela est inquiétant. Mais nous attendons de voir les élections passées pour savoir ce qu’il en est exactement. Pour l’instant, tout Africain vivant en Italie doit savoir faire très attention », a-t-il déclaré, joint au téléphone par Afrik.com.

Face aux vexations dont ils sont l’objet, les immigrés avaient organisé, le 1er mars dernier, une journée de grève en Italie. Une manifestation d’humeur qui n’a eu de véritable écho que chez les travailleurs indépendants auxquels s’étaient jointes les associations italiennes de lutte contre le racisme, les syndicats n’ayant pas mobilisé les travailleurs.