Chasse aux noirs en Italie : la mafia accusée

En fin de semaine dernière, plus d’un millier d’ouvriers agricoles africains ont été contraints de fuir le sud de l’Italie, après des affrontements sur fond de xénophobie qui les ont opposés à la population locale. Soixante sept personnes ont été blessées. Mardi, la police italienne qui soupçonne la Ndrangheta, l’une des quatre familles mafieuses les plus puissantes du pays, d’avoir provoqué les émeutes, a procédé à l’arrestation de onze personnes.

Premier pays africain à réagir après la chasse aux immigrés africains qui a secoué le sud de l’Italie en fin de semaine dernière, l’Egypte a dénoncé mardi, dans un communiqué, « les pratiques racistes » et « la propagation d’un discours de la haine ». «Le ministère des Affaires étrangères dénonce les violences qui se sont produites dans la localité italienne de Rosarno et la vaste campagne d’agression » contre les immigrés, lit-on dans le communiqué. Pour la diplomatie égyptienne, « Ces dernières violences en date ne sont qu’une facette des nombreuses violations auxquelles font face les immigrés et les minorités en Italie, y compris les minorités arabe et musulmane ».

Il y a deux jours, le Vatican dénonçait également la xénophobie dans le sud de l’Italie. Un «Immigré est un être humain, différent de par sa provenance, sa culture et (ses) traditions mais c’est une personne à respecter et qui a des droits et des devoirs» a déclaré, dimanche, le pape Benoît XVI.

Jeudi dernier, des ouvriers noirs de la ville de Rosano en Calabre (sud de l’Italie) rentrent d’une journée de travail, quand, d’une voiture, on leur tire dessus avec une carabine à air comprimé. Certains d’entre eux sont blessés. Cet incident n’est pas le premier. L’année dernière déjà, dans la même région, des journaliers africains préposés à la cueillette des mandarines avaient été la cible de tirs. Ils avaient ensuite assisté impuissants, à l’incendie des campements de fortune dans lesquels ils vivaient.

Les Africains excédés

Les Africains, sans-papiers pour la plupart, qui sont plus d’un millier à travailler dans la région, sont excédés par cette deuxième agression. Jeudi soir, plusieurs d’entre eux manifestent dans les rues de la ville. Ils brisent des vitres, mettent le feu aux poubelles et brûlent des voitures. Vendredi, les habitants de Rosarno organisent leur réplique. Des barricades sont dressées sur la voie ; on prépare des bidons d’essences ; on brandit des fusils de chasse. Une véritable chasse à l’immigré est lancée. Les affrontements font 67 blessés, dont 31 étrangers, 19 policiers et 17 habitants italiens. L’intervention de la police permet de limiter les dégâts. Les immigrés s’enfuient, abandonnant sur place leurs affaires. Un millier d’entre eux est acheminé par car, vers des centres d’hébergement.

Le dimanche, des bulldozers entrent en action, détruisant les abris sommaires dans lesquels ils vivent. Lundi, la préfecture de police de Reggio de Calabre chiffre à 1.128, le nombre d’immigrés qui ont quitté la région. Le même jour, une manifestation pacifique et silencieuse rassemble, selon les organisateurs, 5 000 personnes (2 000 selon la police) dans les rues de Rosarno, soit le tiers de la population de la ville. Une manifestation contre le racisme, à laquelle participent quelques Africains encore présents dans la cité.

La justice italienne a, de son côté, ouvert une enquête pour déterminer le rôle qu’a pu jouer la Ndrangheta, la maffia locale dans l’agression des noirs. Celle-ci est soupçonnée d’organiser le travail au noir des immigrés surexploités, qui sont payés un euro le cageot de fruits, et doivent s’acquitter d’une « taxe » de 5 euros, pour « frais de transport aux champs ».

Mardi, le parquet a émis 17 mandats d’arrêts, et procédé à l’interpellation de 11 personnes soupçonnées d’appartenir à la maffia. Des biens de plusieurs millions d’euros ont également été saisis.