L’isolement d’Abidjan s’accentue face à la communauté internationale

Le monde se désintéresse-t-il de la Côte d’Ivoire ? Après l’Onu, l’Union européenne et l’OUA ont décidé de ne pas  » observer  » les législatives du 10 décembre. Les conséquences de cet isolement pourraient être dramatiques pour le pays, à la fois sur les plans politique et économique.

Après l’ONU et l’Union européenne (UE) dimanche, l’Organisation de l’unité africaine (OUA) a déclaré mercredi qu’elle retirerait ses observateurs du processus électoral ivoirien.

Le monde s’est-il lassé de la perle de l’Afrique de l’Ouest ? D’autres diraient que la dissipation du mirage ivoirien a fini de faire ciller les yeux de la communauté internationale. Des yeux brusquement ouverts sur la réalité d’une économie sinistrée par le cocktail, administré trop longtemps au pays, de la corruption et de  » l’ajustement structurel « . A son tour, l’indifférence au destin ivoirien de la France, des Etats-Unis, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international hypothèque gravement l’avenir du pays. Oui, le monde semble fatigué de la Côte d’Ivoire.

Pour preuve, les trois jours d’instabilité politique que vient de vivre la Côte d’Ivoire, un mois et demi à peine après l’élection tumultueuse du président Laurent Gbagbo, ont suffi à faire se détourner les regards des diplomaties. Encore celles-ci se justifient-elles prudemment. Ainsi les Nations Unies, l’UE et l’OUA incriminent-elles la décision de la Cour suprême d’invalider Alassane Ouattara pour expliquer leur retrait du processus électoral.

La sollicitude de Me Wade

Il est à noter, d’ailleurs, que les deux premières de ces institutions n’ont même pas attendu que des incidents violents éclatent lundi pour annoncer leur départ du pays. Le cas de l’OUA est différent. Samedi 2 décembre, puis deux jours après, le président en exercice Gnassingbé Eyadema a demandé aux Ivoiriens de se réconcilier, puis les a mis en garde contre la violence. Il indiquait toutefois, dans son premier communiqué, que  » l’invalidation de la candidature de M. Ouattara est une décision judiciaire dans laquelle le chef de l’Etat togolais ne saurait intervenir « . En d’autres termes, M. Eyadema ne contestait pas la validité de la décision de la Cour suprême.

Quant à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), elle est actuellement discrète, après s’être beaucoup dépensée, en octobre, pour expliquer au général Gueï qu’il ne pouvait s’agripper à un pouvoir que ses concitoyens lui refusaient. Reste Me Wade, le très respecté président sénégalais. Celui-ci a appelé, mercredi à Cotonou, les dirigeants ivoiriens à  » ne pas faire exploser la maison « .

C’est dans cette  » maison  » que vivent, notamment, de nombreux Sénégalais parmi une population comptant 40 % d’étrangers. Des étrangers qui, bien qu’on leur dise qu’ils sont indésirables, sont peut-être les derniers à prendre pitié pour la Côte d’Ivoire meurtrie.

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