L’invention dans la peau

Marie-Josée Fenouil, 41 ans, a été récemment nommée présidente des inventeurs de Côte d’Ivoire. Cette énergique femme d’affaires, qui vit entre la France et la Côte d’Ivoire, a inventé le masque capillaire à l’argile rouge qui redonne vie aux cheveux les plus tristes et vient d’ouvrir un centre de soins à Abidjan. Portrait.

Marie-Josée Fenouil a de la suite dans les idées. Cette dynamique Ivoirienne de 41 ans, originaire de Bassam, a ouvert il y a trois semaines un centre capillaire à Abidjan (Deux-Plateaux) dans le lequel elle propose des soins. Mais pas n’importe lesquels : ceux qu’elle a inventé ! En effet, Marie-Josée, diplômée en biologie cellulaire et en physiologie à Nice (France), a mis au point un masque capillaire à l’argile rouge qui favorise la repousse des cheveux et les protège du dessèchement dû aux conditions climatiques et au défrisage.

« Ce masque est à destination des femmes comme des hommes. D’ailleurs, même mon mari l’utilise ! » explique-t-elle. « Il s’adresse aux Africaines vivant sur le continent mais également à celles qui vivent en Europe car à cause du froid, elles perdent leurs cheveux. Avec mon soin, plus besoin de se tresser ou de porter des perruques pour passer l’hiver. Il traite également les cheveux abîmés par les permanentes et les colorations à répétition », assure-t-elle. « En France et en Europe, l’argile verte est utilisée pour la peau, l’argile blanche pour les maux d’estomac mais personne n’utilise l’argile rouge. Malheureusement, je suis obligée d’acheter mon argile rouge en France car en Afrique, elle ne sert que pour la poterie et n’est pas traitée pour la cosmétique, c’est dommage. » Ainsi, l’esthéticienne-cosméticienne vit entre Abidjan et Nice où elle possède un pied-à-terre.

Prix d’excellence

Marie-Josée Fenouil a mis au point et commencé à fabriquer son masque chez elle, dans son appartement niçois. « Je me suis rendue compte que les Africains avaient de grands besoins en soins capillaires. J’ai donc commencé à élaborer des dosages, à penser à des produits. Je me suis mise en relation avec les meilleurs spécialistes. J’ai obtenu mon brevet d’invention en 1994 et mon masque a été breveté à l’Institut national pour la protection industrielle (Inpi) et à l’Office africain de la propriété industrielle (Oapi). En 1999, j’ai reçu le Prix d’excellence de la Présidence de la République ivoirienne concernant l’innovation technologique, du coup, j’ai eu des financements mais avec les troubles politiques du pays, je n’ai pas pu passer à une phase d’industrialisation. »

Pour le moment, le masque est encore fabriqué semi-artisanalement et vise principalement la consommation du centre de soins. Marie-Josée a tenté de le vendre dans certaines pharmacies de la capitale ivoirienne mais elle a été victime de son succès. « Je ne pouvais pas suivre la demande ! » Après à peine un mois d’ouverture, son centre s’est déjà taillé une petite réputation et attire de nouvelles clientes de jour en jour. « Cet endroit répond encore une fois à de vrais besoins. Avec lui, je souhaite changer les mentalités car les femmes traumatisent leurs cheveux, ne savent pas comment en prendre soin. »

Le cheveu au microscope

Marie-Josée s’occupe de la partie conseil, réalise une étude du cheveu au microscope pour cibler les problèmes et fait un bilan pour traiter au cas par cas. Quatre coiffeuses, formées par la maîtresse des lieux, mettent en application sa trouvaille. Le prix de base qui comprend le soin et la coiffure coûte 10 000 F CFA et les forfaits vont jusqu’à 40 000 F CFA. « Il est évident que je vise une clientèle de femmes actives et aisées mais même une étudiante peut s’offrir le soin de base. J’essaie de fidéliser ma clientèle avec des abonnements. » Plus tard, l’énergique inventeur souhaite étendre ses services aux soins esthétiques en général.

Nul doute qu’elle y parviendra. Car Marie-Josée, mariée à un Français qu’elle a suivi 6 ans au Burkina Faso (elle est revenue en Côte d’Ivoire en 1997) et mère d’une adolescente de 13 ans, a un caractère de battante. Elle est aussi la digne fille de son père, Hudson Diessy, l’un des premiers inventeurs-géomètres de Côte d’Ivoire. Le génie de l’invention semble être de famille… Et il y a trois semaines, Marie-Josée a même été nommée présidente des Inventeurs de Côte d’Ivoire, après en avoir occupé le poste de vice-présidente pendant trois ans. « L’Etat ne nous aide pas mais qu’importe, je vais à 100 à l’heure pour faire fonctionner l’association qui compte une soixantaine d’inventeurs. Nous avons 60 brevets répertoriés dont dix sont exploitables immédiatement et peuvent générer des emplois. » Les inventeurs ivoiriens n’ont plus de cheveux à se faire, avec Marie-Josée ils sont entre de bonnes mains.