L’Internet rempart contre la censure

Le quotidien algérien L’Expression en est à son 28è jour d’absence des kiosques depuis l’interdiction de parution qui le frappe au niveau des imprimeries d’Etat. Mais par le biais de l’Internet, le journal n’a jamais cessé de paraître. Il a pu échapper à la censure maquillée dont il est victime, comme les cinq autres titres nationaux interdits. Interview.

Seuls les quotidiens algériens L’Expression et Errai n’ont pas encore reparu sur les étals des marchands de journaux, depuis que les imprimeries nationales ont cessé de les imprimer, le 18 août dernier. Les imprimeries nationales de l’Est, du Centre et de l’Ouest du pays avaient donné jusqu’à cette date à six quotidiens nationaux pour régler leurs dettes auprès d’elles. Un prétexte économique qui cache mal une censure politique. A ce jour, seuls Le Matin, Liberté, Le soir d’Algérie et El Khabar ont pu satisfaire cette demande et reparaître sur support papier. Mais dans les faits, les six journaux ont toujours continué à paraître, tant bien que mal, et à s’exprimer par le biais de l’Internet. Le rédacteur en chef de L’Expression, Mohamed Abdoun, explique à Afrik.com ce que l’édition informatique a apporté à son journal, toujours absent des kiosques.

Afrik : Avez-vous le droit d’émettre par Internet malgré la suspension dont votre journal est l’objet ?

Mohamed Abdoun : La décision qui nous empêche de paraître n’est pas juridique. Sur le plan légal, nous avons un agrément qui nous autoriserait à paraître sur ronéo (machine à reproduire des textes dactylographiés, ndlr) s’il le fallait, ou, comme nous le faisons, sur Internet. Les raisons qui nous interdisent de paraître sont officiellement économiques. Il y a des accords commerciaux clairs qui lient les journaux aux imprimeries nationales, que ces dernières ont dénoncé le 13 août dernier. Elles ont fixé unilatéralement un ultimatum à six journaux pour payer leurs dettes avant le 17 août dernier, alors que l’échéance est normalement de 60 jours. Je tiens à préciser que la veille de cette décision, des ministres se sont réunis pour évoquer la question. Ce qui en fait une décision politique et non économique.

Afrik : Les éditions récentes de L’Expression, sur Internet, laissent une place importante aux questions d’actualité, précisément à la censure, et aux questions internationales. Pourquoi ?

Mohamed Abdoun : La suspension est tombée au mois d’août, où de nombreux journalistes sont en congé. De plus, nous sommes un journal jeune (deux ans et demi, ndlr) et il est clair que le harcèlement dont avons été victimes nous a épuisé. Nous avons donc été amenés à réduire notre effectif et à nous occuper des sujets les plus chauds. Notamment la censure dont nous sommes victimes.

Afrik : Vos lecteurs ont également la possibilité de s’exprimer par le biais de mail…

Mohamed Abdoun : Nous en recevons des centaines, presque des milliers. Nous n’avons même pas le temps de tous les lire. Nous avons dû former une équipe spécialement chargée de lire ces messages que nous avons prévu de publier.

Afrik : Quelles en sont les constantes ?

Mohamed Abdoun : Il est beaucoup question de l’histoire des censures, en Algérie, réalisées sous le prétexte fallacieux de l’économie. Nous avons connut cela en 1992, 1993 et surtout en 1998. Des attaques avaient été lancées contre le conseillé du Président Zéroual, le Général Betchine et contre le ministre de la Justice. Le chef de l’Etat avait du écourter son mandat et ses conseillés l’ont suivi. Nous subissons la même chose aujourd’hui. Mais contrairement à 1998, aucun des six journaux visé n’a cessé de paraître. Durant les 15 premiers jours de notre suspension, nous avons même réalisé des éditions complètes sur Internet. Avant de limiter l’équipe rédactionnelle pour préparer notre retour sur support papier.

Afrik : Les connexions sur le site de L’Expression ont-elles augmenté ?

Mohamed Abdoun : Elles ont énormément augmenté. Il y a des jours où le nombre d’entrées double. Normalement, nous avons en moyenne 15 000 visites quotidiennes. Depuis la suspension, nous atteignons des pics de 40 000 visites. C’est d’autant plus méritoire de la part de notre lectorat que le journal coûte 10 dinars en Algérie et que la connexion Internet pour 30 à 40 minutes reviens à environ 60 dinars. La connexion est peut-être même plus chère, depuis le début de la semaine, avec l’augmentation des tarifs téléphoniques.

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