L’Internationale Berbère

Le Congrès mondial amazigh (CMA), né en 1995, est une Organisation non gouvernementale qui vise principalement à favoriser tout ce qui concourt à la reconquête historique de la souveraineté des Imazighen en terre amazighe et à la jouissance de leurs pleins droits partout ailleurs. Interview de son Président, Mabrouk Ferkal.

Le CMA ne reconnaît pas la légitimité des Etats arabo-musulmans anti-amazighs installés en Afrique du Nord, ni leurs bases, ni leurs idéologies. Par ailleurs, il soutient et accompagne les mouvements amazighs en Afrique du Nord dans leurs combats. Son action est culturelle, à visée politique. Fédéraliste, le CMA cherche à mobiliser, orienter et davantage structurer le mouvement amazigh (berbère) mondial afin de réaliser ses buts. Interview de son président, Mabrouk Ferkal.

Afrik : Comment analysez-vous les événements récents en Kabylie ?

Mabrouk Ferkal : Il ne s’agit pas d’événements – au passage, c’est un terme autrefois utilisé par le gouvernement colonial français pour désigner la résistance au colonialisme- mais d’une véritable insurrection kabyle, déclenchée en avril dernier. Elle est le résultat d’un ras-le-bol général vécu en Kabylie mais, surtout, elle exprime le rejet d’un Etat central, véritable Etat colonial qui, s’il méprise le peuple de manière générale, pratique une politique particulière en Kabylie depuis 1962. Une politique basée sur le déni raciste d’Etat – constitutionnalisé – de l’identité et des droits des Imazighen chez eux.

Ce qui se passe aujourd’hui en Kabylie s’inscrit dans la continuité de la résistance face à un Etat arabo-musulman, militaire de surcroît. La Kabylie jalouse de sa liberté, de sa langue, de sa culture et de son identité ne peut accepter le diktat imposé par cet Etat qui oeuvre à l’assimilation et à l’arabisation forcées des Kabyles ainsi que de l’ensemble des Imazighen (Berbères).

Afrik : Au-delà de la revendication linguistique et identitaire, les Kabyles demandent la liberté de la presse, plus de démocratie… Croyez-vous que les autres régions d’Algérie vont rejoindre le mouvement ?

Mabrouk Ferkal :Ce n’est pas au-delà mais en-decà de la revendication identitaire que se situent ces revendications, lesquelles ne peuvent avoir un sens que pour être au service de la jouissance de son identité et non pour sa folklorisation. La revendication identitaire est donc la pointe avancée du combat pour les libertés.

Le combat des Kabyles pour différentes causes comme la démocratie, la justice sociale, les droits de l’homme, ne date pas d’aujourd’hui. Leur rejet de l’obscurantisme et de l’islamisme aussi. Que les autres régions qui subissent l’Etat algérien rejoignent le mouvement, il me semble que c’est leur devoir et leur intérêt. Que toutes ces régions organisent des insurrections comme celle de la Kabylie. Et leur silence assourdissant cessera de paraître comme un soutien implicite à l’Etat algérien criminel. La Kabylie ne doit pas être laissée seule face à ce monstre qu’est l’Etat algérien. Le silence et l’indifférence des autres régions est très inquiétant et autorise les Kabyles à se poser des questions quant aux relations qu’ils peuvent entretenir à l’avenir avec le reste de l’Algérie.

Afrik : Les ‘Arch organisent une marche nationale à Alger et une grève générale, est-ce-que vous pensez que ce mouvement va s’essouffler un jour ou au contraire est-il parti pour durer ?

Mabrouk Ferkal : Je ne crois pas que le mouvement s’essoufflera ! L’Etat algérien a été très loin en assassinant des jeunes manifestants pacifiques et en laissant ses gendarmes humilier les Kabyles et violer leurs demeures. La Kabylie doit défendre son honneur et ne peut tolérer de tels dépassements dignes de l’apartheid.

Il semble difficile que le mouvement s’arrête sans que justice ne soit rendue à la Kabylie pour tous les assassinats et qu’elle accède à ses droits les plus élémentaires, notamment celui de vivre dans la dignité. Il faut donc que les assassins de l’Etat algérien soient sanctionnés, que cet Etat soit blâmé, mais aussi que les dommages matériels en Kabylie soient réparés.

Cette insurrection représente une étape très importante dans le combat amazigh – particulièrement kabyle – pour la reconquête de la souveraineté. Quelle que soit l’issue de cette tragédie, une suite sera certainement donnée à ce mouvement qui a commencé depuis longtemps déjà.

Afrik : Comment analysez-vous la réaction du pouvoir ?

Mabrouk Ferkal : Elle est irresponsable et provocatrice. Le pouvoir démontre une fois de plus sa nature raciste. Il confirme sa haine envers les Kabyles et les Imazighen de manière générale. Il est clair aujourd’hui que cet Etat vise à l’éradication de la dimension amazighe de l’Afrique du Nord.

Afrik : Ferhat Mehenni (chanteur et dirigeant du MCB-Rassemblement national) demande l’autonomie de la Kabylie, partagez-vous ce sentiment ?

Mabrouk Ferkal : Le point de vue de Mehenni, partagé par certains, a son importance mais c’est la masse des Kabyles en Kabylie qui doit s’exprimer clairement et dire ce qu’elle veut. L’autonomie est le maximum que l’Etat algérien puisse accepter mais pour la Kabylie, c’est le minimum qu’elle puisse demander : seule une autonomie de gestion de ses affaires pourra permettre un éventuel épanouissement de la Kabylie.

Le jour où l’autonomie sera une revendication claire et massive de la Kabylie, nous la soutiendrons et l’accompagnerons comme nous soutenons aujourd’hui le droit à l’auto-détermination du peuple touareg ainsi que du peuple canarien, composantes, tout comme la Kabylie, de la Nation amazighe (berbère).