L’Institution est dans la tourmente

Gamal Ghitany porte un regard désabusé sur la maison Egypte. Dans son livre Les récits de l’Institution, il décortique les péripéties de l’Etat égyptien pris dans la tourmente des grands bouleversements de l’histoire contemporaine.

Le fondateur n’a pas voulu serrer la main du successeur de Gamal Abdel Nasser. Il ne l’en jugeait pas digne. Le ton est donné. Gamal Ghitany raconte son Egypte via l’histoire de l’Institution, une fondation inébranlable qui devait survivre à son fondateur. Dans un style torturé, redondant, l’auteur décrit le crépuscule des idéaux.

Le cimetière des convictions. Gamal Ghitany n’est pas tendre avec Sadate qu’il accuse de tous les maux sans jamais le nommer. L’Institution, objet de toutes les convoitises, est attaquée de toutes parts et ses anciens fondateurs exclus ou assassinés par les nouveaux dirigeants. Gamal Ghitany privilégie les flash-back pour mieux se moquer et s’indigner du présent. Il tourne en dérision les ambitions mercantiles des postulants au trône.

Au nom du réalisme économique

Les fantômes ne sont pas morts. Ils viennent hanter les couloirs de l’Institution et déjouer les plans machiavéliques. L’Institution est malade de son nouveau président, sûrement un agent des Renseignements égyptiens. Invisible, ce dernier mène une politique diabolique. Assassinats, corruption, disparitions, l’Institution craquèle. Ses fondations sont mises à mal. Les anciens veulent la sauver, redorer le blason de l’Egypte.

La redondance assumée par l’auteur ajoute du cynisme à l’histoire. Les portraits, dressés avec grand art par Gamal Ghitany, sont très attachants, saisissants. Ils donnent une épaisseur au roman qui pèche quelquefois par excès de moralisme. A travers l’histoire de l’Institution, on voit défiler l’histoire de l’Egypte contemporaine. Avec ses joies et – surtout – ses peines. Ghitany pleure le Rais et fustige ses successeurs.

L’ancien dessinateur de tapis devenu directeur de l’hebdomadaire culturel Les Nouvelles littéraires règle ses comptes avec le passé. Et se moque du présent.

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