L’industrie automobile algérienne tourne en rond

La faillite de l’industrie automobile en Algérie semble aujourd’hui consommée. Opérateurs et pouvoirs publics semblent se désintéresser complètement du secteur. Les raisons d’un échec.

Pourquoi ce désintérêt du secteur automobile de la part des pouvoirs publics et des constructeurs installés en Algérie ? L’une des raisons tient, selon M. Achaïbou, PDG du groupe Elsecom-lsuzu, au monopole ayant prévalu durant une trentaine d’années dans le domaine commercial. Monopole qui a hypothéqué toute la configuration économique actuelle, qui fait que la production automobile relève d’un pari difficile à relever. Ce monopole, longtemps détenu par l’Etat, a eu raison de toutes les initiatives privées au point où les conséquences s’en ressentent toujours.

Même la SNVI, que les pouvoirs publics ont pourtant voulu montrer comme le fleuron de l’industrie automobile, n’a pu résister aux incohérences d’une politique économique qui est en porte-à-faux avec l’initiative privée. « Cette initiative, si elle avait existé, aurait pu à titre d’exemple se concrétiser sous formes de PME qui activeraient dans la sous-traitance en fournissant de la pièce de rechange pour des fabricants éventuels », souligne M. Achaïbou.

Enorme retard

« Aujourd’hui, même les lames de ressort qui sont pourtant des organes très simples à fabriquer sont importées de Tunisie », nous annonce M. Achaïbou comme pour souligner l’énorme retard accumulé par la secteur de l’automobile chez nous. Autre raison qui paralyse l’émergence d’une industrie automobile : l’étroitesse du marché local. A ce titre, il faut rappeler que les Algériens achètent quelques 40 000 véhicules par an. Comparé à un marché comme le Luxembourg qui a pourtant une population vingt fois moins importante que l’Algérie, ce chiffre apparaît insignifiant. Au Luxembourg, environ 45 000 véhicules sont commercialisés par an.

Aussi, M. Achaïbou, dont l’avis est partagé par des experts du domaine, estime que pour qu’une industrie automobile soit vraiment viable chez nous il faut une production minimum de 120 000 véhicules par an. Et à l’évidence, vu la modestie des proportions du marché local, cela rend illusoire toute initiative allant dans ce sens. Et comme pour enfoncer le clou, le n°1 du groupe Elsecom-Isuzu nous déclare que les pouvoirs publics ne font rien pour favoriser l’émergence de l’industrie automobile.  » Un véhicule importé à titre d’exemple en SKD ou en CKD coûte 5 % de droits de douane alors qu’un véhicule importé en l’état en coûte 15 %. »

Limiter le trafic

Aussi, le différentiel en termes de droit de douane n’est pas intéressant pour l’industriel. M. Achaïbou estime, à ce titre, qu’il est nettement plus intéressant d’importer le véhicule pour le commercialiser que de procéder à son montage. A la question de savoir si la suppression de l’importation des véhicules de moins de trois ans pourrait contribuer à l’émergence à terme d’une industrie de montage de véhicules en Algérie, M. Achaïbou nous répond aussitôt par la négative : « Supprimer l’importation des véhicules de moins de trois ans ne constitue pas une solution. »

Pour lui, la nécessité de supprimer cette procédure doit être plutôt dictée par un souci économique. « Ces véhicules qui, dans la plupart des cas ont plus de trois ans, reviennent cher une fois arrivés en Algérie. Surconsommation en carburant et lubrifiant, mais surtout consommation énorme de pièces de rechange. » Pour notre interlocuteur, c’est très simple : ou l’Etat interdit leur importation ou alors il procède purement et simplement à l’ouverture du marché à tout véhicule sans restriction d’âge. « Ce qui aura au moins comme conséquence de limiter le trafic à grande échelle qui se déroule actuellement en provenance du marché français. »

Rezki S.