L’Immeuble Yacoubian, star de la Biennale des cinémas arabes

L’Immeuble Yacoubian, c’est toute une histoire ! Le film vient de recevoir le Grand Prix de l’Ima lors de la Biennale des cinémas arabes (22-30 juillet à Paris). Inspiré du livre polémique d’Alaa El Aswany, best-seller dans le monde arabe, c’est le plus gros budget du cinéma égyptien. Réalisé par le tout jeune Marwan Hamed, il réunit la crème des acteurs égyptiens. A ne pas rater !

Tapis rouge pour L’Immeuble Yacoubian. Lors de la 8e Biennale des cinémas arabes à Paris, qui s’est déroulée à l’Institut du Monde Arabe (IMA) du 22 au 30 juillet, il a su s’imposer devant les 14 autres longs métrages de fiction en compétition. Le film de l’Egyptien Marwan Hamed s’est en effet vu décerner, quelques semaines avant sa sortie française, le Grand Prix IMA du long-métrage. Il a aussi reçu l’Aide IMA à la distribution, d’une valeur de 5 000 euros, un prix offert au distributeur du film en France par RFI et RMC Moyen-Orient. Le jury de la Biennale, présidé par le réalisateur français Yves Boisset, et composé de Daoud Abdel Sayed, Dominique Cabrera, Walid Chmaït, Rachida Krim et Monica Maurer, a aussi distingué trois acteurs du film, qui ont reçu le Prix du meilleur acteur : Adel Imam, Khaled El Sawy et Nour El Sherif.

Les raisons de ce succès : un scénario aux thèmes polémiques et tiré du livre d’Alaa El Aswany, best-seller dans le monde arabe depuis 2002, une palette impressionnante d’acteurs et le plus gros budget du cinéma égyptien, soit 3,5 millions de dollars. De quoi en faire un poids lourd de la cinématographie égyptienne ! Au cœur du film : un vieil immeuble du centre du Caire, construit par un riche Arménien en 1930 et dont l’histoire mouvementée de ses habitants résume les 50 dernières années de l’Egypte. Dans cet immeuble au standing déchu et au charme suranné, évoluent des personnages tous plus truculents les uns que les autres, ce qui en fait un film choral, genre assez rare dans le cinéma égyptien.

Tabous sur grand écran

De fait, chaque acteur a su trouver sa place dans cet ensemble réussi, au-delà des trois comédiens masculins récompensés à la Biennale. Adel Imam, star du box-office et véritable légende vivante du grand écran en Egypte, interprète Zaki El Dessouki, vieil homme figé dans les années de gloire de l’immeuble (qui correspondent aux années de gloire de sa famille) et affichant une faiblesse pour les femmes jeunes. Nour El Sherif, lui aussi grande figure du cinéma égyptien, joue le rôle du Haj Azzam, un parvenu sans morale et aux ambitions politiques. Quant à Khaled El Sawy, il s’est glissé dans la peau d’Hatem Rashid, homosexuel lettré. Le film, comme le livre, aborde sans détours le thème de l’homosexualité, terriblement tabou dans la société égyptienne, celui de la montée de l’islamisme et du terrorisme, de la corruption au plus haut niveau de l’Etat, de la prostitution ou encore de la violence policière…

Des sujets qui ont fait couler beaucoup d’encre lors de sa sortie (réservée à un public adulte) au pays des Pharaons, en juin dernier. Bien qu’entré directement en tête du box-office national, de nombreux députés ont demandé des coupes dans ce qu’ils considèrent être des scènes « profanes ». Ils ont fustigé le film qui, selon eux, encourage « l’obscénité et la débauche »… Réponse du réalisateur : « L’idée était de faire un film qui fasse réfléchir les gens, c’est réussi et j’en suis très content ! Nous devons parler des tabous et même exclure ce mot, « tabou », ne nos vies. Nous devons parler de tout pour devenir meilleurs. »

Renouveau du cinéma égyptien

Pour son premier long métrage, Marwan Hamed a frappé fort. Au-delà du côté polémique du scénario (le livre avait soulevé les mêmes levées de boucliers), le jeune réalisateur fait surtout montre d’une belle maîtrise cinématographique : ambiances chaleureuses, plans souvent classiques mais parfois originaux, trouvailles de mise en scène et bonne direction d’acteurs. Parmi eux, on retrouve avec plaisir la ravissante Tunisienne Hend Sabry, qui poursuit depuis quelques années sa carrière en Egypte, Bassem Samra, acteur fétiche de Yousry Nasrallah, encore trop peu connu, ou encore Mohamed Imam, star du petit écran et dont c’est le premier grand rôle du cinéma.

« Ce film marque un renouveau dans le cinéma égyptien, c’est une combinaison unique : le roman du grand écrivain Alaa El Aswany, le scénario de Waheed Hamed et la vision de Marwan Hamed », explique l’actrice Issad Younis, qui joue le rôle de Dawlat, la sœur acariâtre de Zaki El Dessouki. « Ce film est très différent des films égyptiens actuels. C’est une bouffée d’air pur dans un horizon fermé ! »

Les autres récompenses de la Biennale :

Le Prix IMA du meilleur court métrage :

Reste tranquille de Sameh Zoabi (Palestine/France, 2005)

Le Prix IMA de la première œuvre pour le long métrage :

Bosta (L’Autobus) de Philippe Aractingi (Liban, 2005)

Le Prix de la meilleure actrice :

Rabia Ben Abdallah, pour son rôle dans Fleur d’oubli de Selma Baccar (Tunisie/Maroc, 2005)

Mariola Fuentes, pour son rôle dans Juanita de Tanger de Farida Benlyazid (Maroc/Espagne, 2005)

Rachida Brakni, pour son rôle dans Barakat de Djamila Sahraoui (Algérie/France, 2005)

Le Prix Maroun Bagdadi, Prix Spécial du Jury :

Ahlaam (Rêves) de Mohamed al-Daradji (Irak/Royaume-Uni, 2005)

L’Immeuble Yacoubian, de Marwan Hamed, 2h52, sortie française le 23 août

A lire :

L’Immeuble Yacoubian de Alaa Al Aswany, éditions Actes Sud.

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