L’Ile Maurice fête son poète mystique

Malcolm de Chazal, peintre, philosophe et poète né à Port-Louis le 12 septembre 1902, a marqué toute une génération de poètes mauriciens. La célébration de l’anniversaire de sa naissance sur l’Ile Maurice, permet de (re)découvrir l’oeuvre de ce  » mage  » inspiré.

 » Les seuls écrivains qui durent sont ceux qui écrivent nus pour l’homme nu, pour l’homme-nature, pour l’homme de tous les temps.  » Malcolm de Chazal (1902-1981), poète, philosophe et peintre né à Port-Louis, a duré. Il a traversé le siècle dernier en inspirant enthousiasme et respect en Occident, notamment en France, alors que ses compatriotes mauriciens boudaient son oeuvre mystique. Aujourd’hui, c’est le contraire. Peu étudié dans les écoles françaises, il est célébré sur son île natale. L’Ile Maurice fête en ce moment l’anniversaire de sa naissance, un 12 septembre.

Mardi 10 septembre, le surréaliste Sarane Alexandrian a animé une conférence, La Révolution Chazal, au théâtre de Port-Louis. D’autres manifestations vont suivre, dont la conférence de J-M G. Le Clézio sur La Théosophie chez Chazal, le 20 septembre, ainsi qu’un spectacle mettant en évidence et en mouvement les écrits de Chazal sur l’Inde et sur l’Afrique. Il y a une semaine, le Conseil municipal de Port-Louis a fait passer la motion convertissant le Parcours Culturel (connu comme la rue du Vieux-Conseil) en Parcours Culturel Malcolm de Chazal. Celui-ci doit être inauguré le 12 septembre. Au même moment, le Conseil des ministres prenait la décision de créer une fondation pour préserver le patrimoine littéraire et artistique réuni autour de Malcolm de Chazal.

Au-delà de la littérature

Malcolm de Chazal s’est fait connaître en France avec son livre Sens plastique, compilation de quelques 200 sentences publiée à Paris en 1948 aux éditions Gallimard, à l’initiative de Jean Paulhan. Après une publication passée inaperçue à l’Ile Maurice, le livre passionne le groupe surréaliste. Son chef de file, André Breton, prétend ne rien avoir  » entendu de si fort depuis Lautréamont « . Malgré le fait que l’écrivain mauricien se revendique chrétien, les surréalistes Georges Bataille et Francis Ponge montrent leur enthousiasme à la lecture de l’ouvrage, au même titre que Denis de Rougemont et Michel Leiris ou encore les peintres Jean Dubuffet et Georges Braque. Ce dernier affirme alors que le livre de Chazal se place  » au-delà de la littérature  » et l’engage à peindre. Ce que Chazal fera, sans pour autant abandonner l’écriture.

Suivent d’autres ouvrages recueillant pensées et aphorismes qui se placent dans la tradition moraliste de La Rochefoucauld, des poèmes, des essais.  » L’oeuvre de Malcolm de Chazal est complexe et labyrinthique. C’est un monument littéraire tout à fait original qui permet de jeter un regard nouveau sur le monde des lettres du XXème siècle « , explique Christophe Chabbert, docteur de l’Université de Paris XIII qui a consacré sa thèse à Chazal.  » Il est impossible de dissocier chez lui la matière philosophique, par moment franchement mystique, de la forme purement littéraire.  »

Maurice à la gouache

Cet homme cultivé, qui a étudié l’ingénierie sucrière pendant six ans – le rêve de sa grand-mère ! – à Bâton-Rouge en Louisiane (Etats-Unis), taxé parfois de machiste pour certains de ses textes, a  » ouvert de nouvelles perspectives littéraires à toute une génération d’auteurs mauriciens « , soutient Christophe Chabbert.  » Il a donné une ambition nouvelle à la littérature mauricienne, influençant pratiquement tous les poètes de l’Ile depuis les années 50.  » Une influence dont on trouve des traces chez Lewis Martial Cheong-Ton, Serge Claverie ou encore Hssam Wachill.

La dernière facette de l’écrivain, c’est la peinture. Elle se présente chez lui sous forme de larges aplats jaunes, roses et bleus lumineux, colorés à la gouache sur papier, renforcés encore par l’emploi régulier d’un fond noir. Chazal peint des motifs figuratifs stylisés et avouait ne pas pratiquer le dessin qui  » emprisonne la couleur « . Les peintures chazaliennes célèbrent la flore et la faune de son Ile et s’inspirent de ses longues promenades dans la nature mauricienne.

Tristan Bréville, créateur du Musée de la Photographie à Port-Louis et du Comité Malcom de Chazal, avait lancé l’idée en 1996 de créer un musée consacré à l’artiste qui réunirait la plupart de ses toiles. Le ministère de la Culture mauricien semble reprendre l’initiative. Pour que vive encore l’âme du poète.