L’homophobie se radicalise dans la société sénégalaise


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Des leaders religieux et politiques du Sénégal multiplient les discours homophobes depuis la publication, début février, d’un dossier sur l’homosexualité dans le pays. Alors que des associations appellent à dépénaliser les relations homosexuelles, les gays redoublent de discrétion ou fuient le pays pour éviter les attaques ou les arrestations.

La publication début février du dossier d’Icône sur l’homosexualité n’en finit pas de faire des vagues. Le magazine people semble avoir exacerbé l’hostilité des leaders religieux et politiques du Sénégal à l’égard des gays et lesbiennes. Dans cet Etat à 90% musulman, leur ressentiment s’est même accru. C’est notamment la conséquence de la libération sans procès de prétendus homosexuels, soupçonnés d’avoir menacé de mort le directeur de publication d’Icône.

Pour protester contre cette remise en liberté, qui serait le fait de pressions des autorités, une manifestation s’est tenue le 15 février à Dakar malgré son interdiction par le préfet de la capitale sénégalaise. La marche était placée sous le signe de la lutte contre « la dépravation des mœurs et la libération d’homosexuels ». Elle était organisée par Mbaye Niang, imam et député du Mouvement de la réforme pour le développement social. Le chef de ce parti minoritaire estimait que les cinq personnes placées en garde à vue auraient dû rester derrière les barreaux car elles « ont été pris en flagrant délit ». Les laisser partir équivalait donc, selon lui, à une « une violation de la loi », puisque l’homosexualité est passible de cinq ans de prison.

Croisade religieuse contre l’homosexualité

Dimanche dernier, un comité de suivi sur la « dégradation des mœurs et le non respect des valeurs religieuses dans les médias » a lancé une pétition nationale. Des propos fermement soutenus par plusieurs dignitaires religieux. Le pasteur Waly Sarr, président de la Fraternité évangélique du Sénégal, a rappelé sur le site du quotidien sénégalais Walf Fadjri que « l’homosexualité est sévèrement condamnée dans la Bible ». Il qualifie au passage cette orientation sexuelle de « perversion sexuelle » et « péché grave ».

« Le combat contre l’homosexualité et toutes les déviances qui déshumanisent l’individu est un combat légitime et moral, mais aussi hautement civique et patriotique », a pour sa part déclaré mercredi Abdou Latif Guèye, secrétaire général du Rassemblement démocratique Sénégalais (opposition) et président de l’organisation non gouvernementale islamique Jamra. Précisant que le « combat » devait se mener sans violence, l’imam souligne que cette recommandation n’est en aucune façon « une compassion hypocrite ni une complaisance coupable envers une pratique abjecte condamnée irrémédiablement par la loi de Dieu et celles des hommes ».

Psychose chez les homos

Le climat est tel que plusieurs associations ont fait part de leurs préoccupations. Au Sénégal, la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme rapporte « une inquiétante montée de l’homophobie ». Aides, Sidaction et Act Up Paris, basées en France, ont appelé à « la réforme du code pénal sénégalais afin d’abolir les lois contre les homosexuels et de mieux lutter contre le sida ». Une abolition également formulée par un collectif d’organisations des droits humains et de défense des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels. De même, le groupe appelle les autorités sénégalaises à « assurer le respect de l’intégrité physique et morale des personnes mises en cause dans cette affaire et plus généralement [à] condamner avec la plus grande fermeté les actes homophobes, susceptibles de porter atteinte à l’intégrité physique et morale des personnes homosexuelles ».

Cet appel a été lancé le 8 février. Depuis, les événements ont prouvé que les homosexuels du Sénégal ont bel et bien besoin de protection. Ils sont en proie à une véritable psychose, alimentée par des rumeurs qu’il est difficile de confirmer ou d’infirmer. Surtout, d’après le site du magazine français gay et lesbien Têtu, plusieurs « goorjigeen » – comme on les surnomme – ont appelé le Collectif contre l’homophobie pour lui exposer leurs craintes. Deux gays présumés ont été lynchés à Kaolack le 14 février, d’après un témoin interrogé par ce média. « Ce que j’ai vu était tellement horrible, a raconté l’homme interrogé, lui-même homosexuel et terrorisé par la scène qu’il a vue. Ce n’était pas humain, c’était sauvage. Tous les gens qui passaient leur tapaient dessus: les hommes, les femmes, les enfants. Ils donnaient des coups de pied, des coups de poing, des coups de bâton. » Pour sauver leur vie, les gays doivent redoubler de prudence ou, pour ceux qui en ont les moyens, fuir le pays.

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