l’heure de vérité

On l’a tant décriée, cette élection présidentielle ivoirienne. Depuis des mois, les journalistes ont relevé comment le processus démocratique était sapé, vidé de sa substance par les menaces d’une armée désorientée, par l’exclusion d’un candidat majeur, par les circonvolutions erratiques de l’ex-parti officiel en déshérence. Pour chacun des acteurs de cette élection, nous ne mesurions, jour après jour, que son pouvoir de nuisance respectif.

Nous en avions presque oublié Laurent Gbagbo, écrivait afrik.com samedi 21 octobre. Lui a joué sa chance, crânement. Il semble bien que les Ivoiriens l’aient élu dimanche. Et soudain, l’intérêt de cette élection surgit comme une évidence : la situation a fini de pourrir. Le pays, au ralenti depuis Noël dernier, peut peut-être repartir du bon pied.

Gérard Dumas, une connaissance française de Gbagbo, n’est pas surpris le moins du monde par le succès – tardivement dessiné – du leader du FPI. Il décrit un homme non seulement  » dimensionné pour le poste « , mais encore  » extrêmement lucide et volontaire.  » Gbagbo ?  » Un politique au sens le plus accompli du terme, un intellectuel qui n’a pas peur de l’action.  »

A l’heure où nous rédigeons ces lignes, l’élection de Gbagbo est bien incertaine en vérité. Gueï a perdu : de cela nous sommes à peu près sûrs. Mais accepte-t-il sa défaite ?

Que feront l’armée et la police ? Que feront les partenaires du pays ? Que feront Alassane Ouattara – qui peut s’estimer conforté par le très fort taux d’abstention – et le PDCI – qui dispose seul d’un dispositif politique étoffé en dehors d’Abidjan ?

L’heure de vérité est toujours celle d’une grande tension. Nous continuons à ne pas vouloir croire qu’un pays aussi dynamique, aussi épris de paix que la Côte d’Ivoire puisse basculer dans la guerre.