« L’Expression », un nouveau magazine dans le paysage médiatique tunisien

En Tunisie, le président tunisien se plaignait récemment du conformisme de la presse de son pays. Journalisme de cour, absence de rigueur et frilosité générale… Autant d’éléments qui caractérisent le paysage des médias en Tunisie. Le magazine L’Expression – hebdomadaire d’information générale d’expression française –, qui est paru vendredi, veut renouer avec un journalisme d’enquête et d’investigation afin de ne plus informer en rond. Ridha Kefi, rédacteur en chef de ce nouveau magazine explique, pour Afrik.com, les circonstances de sa création.

Ridha Kéfi est un journaliste tunisien, ancien correspondant de Jeune Afrique en Tunisie, avec le titre de rédacteur en chef. Avec la parution de ce nouveau titre, L’Expression, dont il assure la rédaction en chef, il compte renouer avec un journalisme de terrain et d’enquête, en s’appuyant sur une équipe de journalistes d’expérience et de jeunes talents. Entretien.

Afrik.com : Votre journal L’Expression, dont la parution fut annoncée puis annulée il y a quelques mois, est finalement dans les kiosques en Tunisie, depuis le 19 octobre. Qu’est-ce qui explique ces hésitations?

Ridha Kefi :
Il y avait un problème d’autorisation qui n’a pas été délivrée à temps par les services du ministère de l’Intérieur au directeur du magazine M.Raouf Cheikhrouhou, gérant de la société éditrice, DEFI Sarl, et directeur général du groupe de presse indépendant Dar Assabah, qui publie deux quotidiens (Assabah, en arabe, depuis 1951, et Le Temps, en français, depuis 1975). L’autorisation a finalement été délivrée à l’intéressé. Nous pouvons ainsi paraître en toute légalité. Cependant, nous avons préféré laisser passer l’été et le mois de ramadan qui ne sont pas propices au lancement d’un nouveau média. La date du 19 octobre s’est donc imposée à nous de manière adéquate : après la rentrée et juste à la veille d’un événement important : le XXème anniversaire de l’accession de Ben Ali à la présidence en Tunisie.

Afrik.com :Ces dernières années, la presse en Tunisie a perdu son goût pour le vrai journalisme. Quel est votre concept éditorial ? Où pensez-vous aller en matière d’enquête, d’investigation et de reportage ?

Ridha Kefi :
La presse en Tunisie souffre de nombreuses insuffisances. Je mentirais si je disais le contraire. Il suffit de lire nos journaux pour comprendre qu’ils sont très en retard par rapport à ce qui se fait dans la région. Et je ne parle pas ici de leur retard par rapport à la presse européenne et anglo-saxonne. Ce retard est énorme, et pas seulement en matière de traitement des sujets politiques. Dans les limites de l’exercice que nous acceptons, je pense, personnellement, qu’il y a lieu de faire mieux en réhabilitant le métier, tout en évitant de tomber dans le sensationnel ou la recherche du scoop. Il y a, en effet, des pans entiers de la vie économique, sociale et culturelle qui ne sont pas bien couverts. Nous pourrions les traiter avec plus de professionnalisme.

Afrik.com : Où êtes-vous allé chercher vos journalistes ? Quel est le profil de votre équipe ? De quels moyens disposez-vous pour avoir les moyens de vos ambitions ?

Ridha Kefi :
Si tout le monde admet qu’en Tunisie, il n’y a pas de bons journaux, on ne peut pas dire pour autant que les bons journalistes n’existent pas. La Tunisie en compte autant que tous les autres pays. Le problème est qu’ils n’ont pas toujours les conditions de s’épanouir dans des rédactions dignes de ce nom. Ceux d’entre eux qui partent exercer à l’étranger arrive à percer. Nous allons faire appel à certains bons journalistes, les faire travailler en équipe et leur redonner goût au métier. Je me soucie surtout des moyens humains. Je suis encore à la recherche de jeunes journalistes capables d’évoluer au sein d’une équipe de seniors. Je n’en trouve pas vraiment ! Mais je pense qu’une fois le magazine distribué sur le marché, une dynamique se créera qui ramènera vers nous des talents dans tous les secteurs du métier et, bien sûr, des annonceurs et des partenaires, soucieux de s’associer à une aventure éditoriale visant à faire rimer qualité, rigueur et responsabilité. Sans s’éloigner du politiquement correct…

Afrik.com : Vous êtes un journal reconnu et un écrivain, auteur d’un livre remarqué La Maison Tunisie, lequel développe une connaissance intime de la société tunisienne. Que recherche le lecteur tunisien aujourd’hui, en matière de centres d’intérêt? Les Tunisiens lisent-ils encore la presse ?

Ridha Kefi :
Les Tunisiens ne lisent pas beaucoup la presse écrite. Ils s’informent grâce aux chaînes satellitaires et à Internet. Les lecteurs de journaux sont plutôt arabophones. Les tirages de la presse arabophone sont d’ailleurs trois à quatre fois plus élevés que ceux de la presse francophone, dont les lecteurs appartiennent à la classe moyenne et supérieure occidentalisée. C’est à cette élite que notre magazine s’adressera. Il essayera de l’informer selon ses besoins. La politique et l’économie y occuperont une bonne place. Mais aussi les sujets de société, les tendances de la vie moderne, les relations avec le monde extérieur…

Afrik.com : Quels sont vos premiers grands dossiers ?

Ridha Kefi :
Je préfère ne pas répondre à cette question. Les lecteurs découvriront nos centres d’intérêt et notre manière de traiter les questions qui les préoccupent au fil des numéros.