L’exploitation d’enfants dans les plantations de cacao continue au Ghana et en Côte d’Ivoire

Malgré le tollé international soulevé en 2000 par l’exploitation des enfants dans les plantations de cacao en Afrique de l’Ouest et les ambitieux programmes mis en œuvre depuis lors par les gouvernements pour réglementer le secteur, très peu de choses ont changé pour les quelque 284 000 enfants ouvriers agricoles selon certaines organisations non-gouvernementales.

Le Ghana et la Côte d’Ivoire assurent à eux deux environ les trois quarts de la production mondiale de cacao, selon le Département d’Etat américain, et emploient 200 000 enfants. Pas moins de 12 000 de ces enfants, victimes du trafic transfrontalier, ont été introduits clandestinement en Côte d’Ivoire pour travailler dans des plantations de cacao, d’après l’ONG Stop the Traffik.

Bon nombre de ces enfants sont contraints de travailler dans des conditions dangereuses pour un salaire de misère, ou parfois gratuitement, pour que les consommateurs puissent manger du chocolat, selon Phil Lane, directeur Europe de Stop the Traffik.

« Aujourd’hui, les professionnels du secteur doivent accorder leurs actes à leur discours en investissant dans des projets afin de soustraire les enfants ouest-africains des plantations, pour les ramener à l’école, où ils devraient être normalement », a indiqué Aidan McQuade, directeur d’Anti-Slavery International, une autre ONG.

Les retards

En 2001, neuf Etats ouest-africains ont conclu avec le gouvernement américain un accord volontaire connu sous le nom de protocole Harkin-Engel (du nom des deux sénateurs américains qui l’ont fait adopter). Ce protocole prévoyait, d’ici 2005, une réduction du nombre d’enfants travaillant dans les plantations, l’amélioration de leurs conditions de travail et une certification selon laquelle la moitié de la production de cacao en Afrique de l’Ouest serait obtenue sans recourir au travail forcé des enfants.

Mais pour Muriel Guigue, porte-parole de la Fondation de l’initiative internationale sur le cacao (International Cocoa Initiative – ICI), un groupe de fabricants de chocolat, d’ONG et de syndicats créé pour lutter contre le travail forcé dans les plantations de cacao, les retards – dus au conflit, dans le cas de la Côte d’Ivoire, et à d’autres difficultés liées aux ressources dans d’autres pays – ont amené les professionnels à reporter l’échéance à 2008.

Mme Guigue est convaincue que ces pays ont désormais la « volonté politique et la dynamique nécessaires » pour accomplir des progrès dans l’application du protocole, et que la Côte d’Ivoire est finalement prête à mettre en œuvre ce système de certification d’ici juillet 2008.

« La certification du cacao est une politique qui n’apporte qu’une solution partielle au problème du travail des enfants puisqu’elle ne s’attaque pas à la cause sous-jacente qu’est le faible prix du cacao », a néanmoins expliqué à IRIN Eileen Maybin, porte-parole de la Fondation Fairtrade.

Des fonds insuffisants

L’initiative Harkin-Engel est financée par des gouvernements et des fabricants de cacao, mais à en croire certains critiques, elle n’a pas fourni assez de fonds pour s’attaquer aux causes réelles du problème : la pauvreté qui pousse les planteurs à exploiter les enfants.

Plusieurs organisations, comme l’ICI, travaillent avec des communautés pour les sensibiliser aux dangers du travail et pour les aider à identifier les pratiques illégales liées à l’exploitation et au trafic des enfants. Ces organisations peuvent en partie résoudre le problème et ont effectivement obtenu quelques résultats positifs. Grâce aux 16 projets lancés en Côte d’Ivoire et au Ghana, plus de 80 pour cent des plantations n’obligent plus les enfants à travailler avec des pesticides dangereux ou à porter de lourdes charges.

« Il faudra investir 112 millions de dollars pendant 10 ans pour aider tous les enfants victimes de cette exploitation dans les plantations de Côte d’Ivoire et du Ghana, une nette augmentation par rapport aux budgets actuels de plusieurs millions de dollars par an », a expliqué à IRIN M. McQuade d’Anti-Slavery International. « Si nous sommes décidés à mettre fin à cette exploitation, nous devons quadrupler les investissements ».

Le chocolat, pas assez cher ?

Dans les pays acheteurs de cacao, une plus grande partie de ces financements doit venir du secteur privé, a indiqué Eileen Maybin de la Fondation Fairtrade.

Pour sortir les planteurs de la pauvreté, la Fondation Fairtrade ajoutera une prime de 150 dollars au prix du cacao, qui est actuellement de 2 215 dollars la tonne. Cette prime sera destinée à des actions sociales.

« Tant que les fabricants de chocolat n’accepteront pas de payer plus cher leur cacao, les mauvaises conditions de travail dans les plantations persisteront ».

Les gouvernements soutiennent cette politique, mais avec juste un pour cent de part de marché, son impact est encore faible, a dit Mme Maybin.

Finalement, la conjugaison de tous ces efforts pourrait contribuer à améliorer les conditions de travail dans les plantations de cacao, mais pour l’instant, ce ne sont que quelques poches de réussite dans un secteur doux-amer, a expliqué M. McQuade à IRIN.