L’Europe ne parvient pas à se partager « le fardeau » de l’immigration

Les ministres de l’Union européenne réunis mardi au Luxembourg ne se sont pas entendus sur la manière d’aider Malte à accueillir les immigrants clandestins qui débarquent sur ses côtes. La petite île a été montrée du doigt, à la fin du mois de mai, pour n’avoir pas secouru des migrants africains qui avaient dérivé plusieurs jours accrochés à des cages d’élevage de poisson.

« Nous ne pouvons accepter que des vies humaines soient perdues et nous n’abandonnerons pas Malte à son triste sort », a promis le ministre allemand Wolfgang Schaüble, mardi, au Luxembourg, lors d’une réunion sur l’immigration des ministres de l’Intérieur et de la Justice de l’Union européenne (UE). Les 27 se sont réunis après que de multiples drames, impliquant directement des pays membres, ont eu lieu ce dernier mois. Les images de 27 migrants attendant d’être secourus accrochés à des cages d’élevage de thon, elles-mêmes remorquées vers Malte, ont fait le tour du monde. L’Italie est finalement intervenue le 26 mai après avoir été prévenue par La Valette, qui avait rejeté toute la journée précédente la responsabilité d’intervenir sur la Libye voisine.

Le 3 juin, le commissaire européen chargé des questions d’immigration, Franco Fratini, avait dans un premier temps chargé Malte, qui en plus de ce précédent avait par la suite refusé l’autorisation d’accoster à un chalutier espagnol qui avait porté secours à des immigrants : « Aucun pays n’a jamais violé si manifestement (…) l’obligation de sauver des vies en mer », avait-il déclaré, avant de préciser quelques jours plus tard que « Malte ne peut être seule responsable ».

La petite île de 400 000 habitants, qui aurait accueilli 3 500 immigrants en deux ans, a pris le commissaire européen au mot. Son ministre de l’Intérieur, Tonio Borg, a proposé à ses homologues de partager « le fardeau » de l’immigration en accueillant « tour à tour », et « en proportion de [leur] population », les immigrants sauvés dans la zone maritime libyenne que Tripoli refuse de recevoir. A charge aux pays de l’UE de les rapatrier et d’étudier leurs demandes d’asile. Quant à la question du sauvetage, « C’est évidemment le navire le plus proche du point de détresse qui doit secourir », a précisé le ministre maltais.

« Pas de deux poids, deux mesures »

Seule l’Espagne, elle-même aux prises avec l’immigration africaine et asiatique en Atlantique, notamment sur son archipel des Canaries, a répondu favorablement à la proposition. Le ministre Alfredo Pérez Rubalcaba a ajouté qu’une telle procédure devrait être appliquée aux mineurs non accompagnés qui débarquent aux Canaries et qui sont inexpulsables.

Si les 27 ont convenu de « pleinement respecter » les conventions internationales sur le secours porté aux personnes en mer et de « prendre toutes les mesures possibles pour éviter » que des migrants « ne perdent la vie », ils sont restés vagues sur le soutien à apporter à Malte. Ils se sont mis d’accord pour discuter « d’un système de partage des responsabilités » sur la « situation spécifique difficile » de l’île, mais l’idée d’un partage semble exclue. « Cela me parait très difficile, on ne peut pas faire deux poids, deux mesures uniquement sur les immigrés venus de la Méditerranée », a commenté le nouveau ministre français de l’Immigration Brice Hortefeux.

Les migrants de l’Atlantique et d’Irak aussi

A deux reprises dans les derniers mois, les autorités mauritaniennes ont-elles aussi refusé de secourir un navire en perdition au large de ses côtes, se rejettant la responsabilité avec le Sénégal, pays de départ, et l’Espagne, pays de destination. A chaque fois, Madrid, accusée par des ONG de « soudoyer un pays pauvre pour qu’il prenne en charge des ressortissants étrangers », est intervenue.

Autre rappel, lors de la guerre en Yougoslavie, au milieu des années 1990, l’UE n’était pas parvenue à un accord pour accueillir les réfugiés que l’Allemagne avait finalement, pour l’essentiel, reçus. Idem pour les réfugiés irakiens, que la Suède a de nouveau demandé aux pays européens, mardi, d’accepter en plus grand nombre. Stockholm a accueilli 9 000 d’entre eux sur un total de 20 000 qui ont gagné l’Europe l’année dernière. Ils devraient être plus du double cette année.

Alors que l’agence européenne de contrôle des frontières semble avoir contribué à faire baisser le nombre d’immigrants parvenant en Espagne via l’Atlantique, Franco Frattini en a profité mardi pour demander aux ministres présents de mettre effectivement à disposition de Frontex les moyens promis. Selon des responsables cités par Associated Press, seuls 10% des 115 bateaux, 23 avions et 25 hélicoptères prévus ont été livrés.

Image d’archive. Droits photos : Michale Tschanz, Organisation internationale pour les migrations