L’Europe ne fait pas la politique de l’autruche

L’Union européenne a interdit, mardi, l’importation de viande d’autruche en provenance d’Afrique du Sud, principal producteur au monde de ces oiseaux. Cette décision fait suite à la découverte d’une épidémie de peste aviaire dans deux fermes d’élevage du Cap oriental. Certains estiment que la mesure devrait peu affecter le secteur.

L’autruche sud-africaine est indésirable en Europe. Des cas de peste aviaire dans deux fermes d’élevage dans le Somerset East (province du Cap Oriental, Sud-Est) ont été confirmés, le 6 août dernier, par les autorités de Pretoria. Alors que les autorités du pays ont immédiatement pris des mesures sanitaires, l’Union européenne (UE) a interdit, mardi, toute importation « des ratites vivants et de leurs œufs, des viandes et produits à base de viande de ratites et des oiseaux de compagnie en provenance de ce pays dans l’Union européenne (UE), avec effet immédiat jusqu’au 1er janvier 2005 », peut-on lire dans un communiqué la Commission européenne. Cette disposition, qui pourrait être levée plus tôt en cas de changement rassurant de la situation, vise à éviter une contamination de son secteur avicole. D’aucuns estiment que le leader sur le marché de la production de ces oiseaux ne devrait pas trop souffrir des répercussions de cette décision.

Prise rapide de mesures sanitaires

La mesure européenne tombe après celle de l’Afrique du Sud, qui a « immédiatement suspendu toutes les exportations de volailles, pigeons, ratites (autruches) et autres oiseaux vivants ainsi que des viandes de ces espèces en provenance de l’ensemble du territoire de la République d’Afrique du Sud à destination de tous leurs partenaires commerciaux », explique encore le communiqué de la Commission européenne. Outre l’UE, la Suisse, Singapour et le Mozambique auraient aussi suspendu les importations.

Autre mesure préventive : l’abattage de quelque 6 000 oiseaux des zones atteintes, mises en quarantaine, pour prévenir toute propagation sur le territoire de la souche H5N2. Un responsable du ministère de l’Agriculture, Segoati Mahlangu, a déclaré : « Nous verrons ensuite si les oiseaux dans les zones voisines sont infectés et si tel est le cas, il seront aussi abattus ». D’après un responsable du secteur, les autruches sont abattues « en douceur », après avoir été endormies, et selon « les règles imposées par les organisations internationales de protection des animaux », rapporte Edicom.

Peut-être 30 millions de rands perdus

« Les éleveurs sont conscients des conséquences graves qu’une propagation provoquerait et soutiennent le gouvernement. Ils coopèrent avec lui », explique Anton Kruger, directeur général de la Chambre de commerce de l’autruche d’Afrique du Sud (SAOBC), qui représente 600 éleveurs d’autruches et 15 compagnies du secteur. D’après le site Clicanoo, le gouvernement sud-africain a annoncé qu’il allait indemniser ceux dont les animaux ont été abattus. Mais cette opération pourrait coûter cher au pays. « Il pourrait perdre 30 millions de rands en un mois si la peste aviaire n’est pas contrôlée », estime Anton Kruger. Trente millions de rands, soit plus de 3,8 millions d’euros, sur les quelque 1,2 milliard de rands (près de 153 millions d’euros) que le secteur rapporte chaque année.

Le pays a ouvert une enquête pour déterminer quelle est la cause de la maladie. En attendant, les Sud-Africains peuvent toujours consommer la viande d’autruche, de plus en plus appréciée parce que très pauvre en matières grasses et en cholestérol. « Elle ne représente pas de risque pour la consommation », explique Anton Kruger. Les éleveurs d’autruches gardent donc leur principal marché. Car, selon la SAOBC, les Sud-Africains représentent 76% des consommateurs des quelque 300 000 ratites tués chaque année pour la consommation.

Ce qui pourrait permettre de restreindre les conséquences de la suspension des exportations par l’UE, qui compte, selon les chiffres de la SAOBC, pour 19% de la clientèle. « La mesure européenne ne concerne pas l’exportation des plumes et du cuir d’autruche, de plus en plus utilisé pour confectionner des sacs et des chaussures, ce qui devrait amoindrir encore les conséquences de la suspension d’exportation », souligne Anton Kruger, qui ne pense pas que des emplois seront supprimés. Un point sur lequel tous ne sont pas d’accord. Mais dans le secteur de l’autruche, l’heure serait plutôt à l’optimisme.