L’étonnante Françoise Etoné Mbango

La Camerounaise Françoise Etoné Mbango est irrésistible en ce moment. Double championne d’Afrique du triple saut et du saut en longueur au mois d’août à Tunis, vainqueur de la Coupe du Monde du triple saut le 20 septembre dernier à Madrid. Elle a presque tout gagné en quelques mois. Rencontre avec une athlète qui monte.

Avec sa médaille d’or au triple saut, Françoise Mbango est l’une des trois sportives – avec la Mozambicaine Maria Mutola au 800 m et la Sud-africaine Hestrie Cloete au concours du saut en hauteur – qui ont fait honneur à l’Afrique lors de la 9ème édition de la Coupe du Monde d’athlétisme des 20 et 21 septembre derniers à Madrid (Espagne). La Camerounaise a surclassé ses adversaires grâce à un bond de 14m37 dès le premier essai.

Afrik : Racontez-nous ce bond gagnant de Madrid…

Françoise E. Mbango : Les circonstances dans lesquelles se déroulaient la compétition étaient exceptionnelles. Il s’est mis à pleuvoir quelques minutes après le début de la compétition et Madrid marquait le début d’une nouvelle réglementation pour le nombre des essais. 4 au lieu de 6 comme par le passé. Ce bond de 14m37, je l’ai réussi dès le premier essai, après 3 heures d’échauffement. D’habitude, je ne m’échauffe que pendant 1h30.

Afrik : Vous êtes dans une spirale gagnante depuis quelques mois. Comment l’expliquez-vous ?

Françoise E. Mbango : Vous faites bien de le remarquer. En fait, depuis le début de la saison, j’ai un programme d’entraînement bien établi, bien ciblé avec des objectifs précis. Mon entraîneur Jean-Hervé Stievenart (l’entraîneur national de France des sauts, ndlr) me fait énormément travailler. Rien n’est laissé au hasard.

Afrik : Y a-t-il encore des adversaires que vous redoutez au concours du triple saut ?

Françoise E. Mbango : Mon premier adversaire, c’est moi-même. Je me mets trop la pression. Je voudrais toujours faire mieux, gagner, être la meilleure. Ceci dit, j’ai du respect pour tous les concurrents. Dans une compétition, je ne prends jamais mes adversaires de haut. Je me méfie autant de celles qui sont devant moi que de celles qui moins bien classées.

Afrik : A Tunis, le mois passé, vous avez battu votre propre record d’Afrique au triple saut, avec un bond de 14m95, mais malheureusement il n’a pas été homologué. Que s’est-il passé exactement ?

Françoise E. Mbango : Personnellement, je n’aimerais pas revenir sur cet incident qui n’honore pas l’athlétisme africain. Il a été dit partout que la vitesse du vent était trop élevée mais en fait le problème est tout autre. Après ce fameux saut, les juges, à ce qu’il paraît, devaient le remesurer avec un décamètre. Ils n’ont pas réussi à le faire parce que juste après mon saut, les impacts ont été effacés. Voilà la vraie raison. Il fallait bien trouver une explication, une cause. La moins attaquable était de dire que la vitesse du vent était au dessus du 2 mètres par seconde requis.

Afrik : La confédération africaine d’athlétisme avait promis de revoir votre cas. Qu’est-ce que cela a donné ?

Françoise E. Mbango : Je ne peux rien vous dire pour le moment. J’attends tout comme vous d’être informée de la suite de cette affaire. Dans tous les cas, j’ai ma conscience pour moi et je sais que ce record était valide.

Afrik : Vous êtes également championne d’Afrique au saut en longueur. A terme, comptez-vous faire à la fois le triple saut et le saut en longueur ou pensez-vous vous spécialiser dans l’une des deux disciplines ?

Françoise E. Mbango : Ma spécialité, c’est le triple saut . La longueur me sert d’appoint pour parfaire ma technique. Pour le moment, je me sens bien sur les deux.

Afrik : A combien de meetings avez-vous participé cette année ?

Françoise E. Mbango : J’ai fait environ sept meetings à l’extérieur. Les plus grand meetings sont ceux de la Golden League, mais le triple saut n’en fait pas partie.

Afrik : Pour clore cet entretien, deux mots sur vous. Qui est Françoise Mbango et qu’est-ce qui fait sa force ?

Françoise E. Mbango : Je m’appelle Françoise Etoné Mbango et j’ai 23 ans. Je suis née au Cameroun, à Yaoundé. J’ai huit frères et soeurs. Je suis la troisième et j’ai une soeur jumelle. Ma force, c’est mon mental. Je suis un gagneur. J’aime me fixer des défis et les relever.