L’Éthiopie reconnaît avoir tiré sur un convoi de l’ONU

Redwan Hussein

Les Nations-Unies et les organisations humanitaires se disaient de plus en plus inquiètes de la situation au Tigré, où l’ONU avait indiqué avoir obtenu un accès humanitaire « sans restriction » en vertu d’un accord avec les autorités d’Addis-Abeba. Seulement, les forces pro-gouvernementales ont tiré sur une équipe de l’ONU. Pourquoi ?

Le porte-parole de la cellule de crise gouvernementale pour le Tigré, Redwan Hussein, a confirmé hier mardi qu’une équipe de l’ONU avait essuyé des tirs et avait été arrêtée, dimanche, dans cette région, pointant du doigt les travailleurs humanitaires. « Certains des membres des équipes de l’ONU ont été arrêtés et certaines se sont fait tiré dessus. Mais pourquoi est-ce arrivé ? Ce pays n’est pas un « no man’s land ». Il a un gouvernement, il a des difficultés dans le Nord du pays. On leur a dit « vous ne devez pas vous rendre dans certaines zones », mais ils se sont livrés à une sorte d’expédition aventureuse », a déclaré Redwan Hussein, lors d’une conférence de presse.

Selon le porte-parole de la cellule de crise gouvernementale pour le Tigré, les travailleurs humanitaires auraient « forcé deux barrages pour se rendre rapidement dans des zones où ils n’étaient pas censés aller », en violant l’accord mis en place. « L’accord avec les Nations Unies disait que le gouvernement coordonnerait et dirigerait les opérations. Donc lorsque le gouvernement crée un accès pour qu’une action humanitaire ait lieu, alors les Nations Unies peuvent venir. Mais quand on dit qu’une zone n’est pas sécurisée, alors les Nations Unies et les autres partenaires doivent l’accepter », poursuit Redwan Hussein.

Depuis le 4 novembre dernier, le Tigré est privé de tout approvisionnement et d’aide, après l’offensive de l’armée fédérale éthiopienne pour en chasser les dirigeants de la région, issus du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), qui défiaient, depuis des mois, son autorité. Près d’une semaine après cet accord et 10 jours après que Abiy Ahmed ait décrété la fin de l’opération militaire au Tigré le 28 novembre avec la prise de la capitale régionale Mekele, l’aide humanitaire n’a toujours pas commencé à être acheminée et la situation sécuritaire et humanitaire réelle est inconnue.

Les Nations Unies n’ont toujours pas « cet accès terriblement nécessaire » au Tigré, a regretté à Genève le porte-parole du Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR), Babar Baloch. « La situation humanitaire est de plus en plus critique », a-t-il prévenu, jugeant vital que les organisations humanitaires soient en mesure d’assister rapidement les gens sur place.