L’Ethiopie cède Badme à l’Erythrée : le début de la réconciliation ?

L’Ethiopie a accepté que la ville de Badme revienne à son voisin érythréen avec lequel elle a signé, en 2000, un accord de paix. Un pas décisif pour la mise en œuvre du processus de paix engagé entre les deux nations dont les relations sont tendues depuis l’indépendance de l’Erythrée en 1993.

Badme sera désormais une ville érythréenne. L’Ethiopie a donné son accord dans ce sens, selon un communiqué des Nations Unies, publié jeudi, conformément aux recommandations faites par la commission onusienne sur les frontières internationales. « S’ils (les Ethiopiens) sont réellement d’accord, cela devrait faire avancer un peu plus vite le processus (de paix) », a déclaré, le porte-parole adjoint de l’organisation, Yves Sorokobi. La décision de l’Ethiopie devrait réduire la tension qui règne entre ces deux pays depuis l’indépendance, en 1993, de cette ancienne province éthiopienne qu’était l’Erythrée.

Les relations entre les deux pays n’ont cessé de dégénérer à compter de cette date pour se transformer en guerre frontalière entre 1998 à 2000. Le conflit fera près de 80 000 morts. La ville de Badme, à la frontière entre les deux pays, cristallise toutes les discordes en dépit de la présence des Casques bleus de l’Onu, impuissants devant les velléités belliqueuses des deux voisins. En mai dernier, le secrétaire général des Nations Unies se disait d’ailleurs « profondément préoccupé par la phase dans laquelle se trouve le processus de paix entre l’Éthiopie et l’Érythrée et par la tension croissante entre les deux pays ». Surtout à l’approche du délai d’expiration de 12 mois, fixé le 27 novembre 2006, par la commission concernant la démarcation de la frontière.

Les frères ennemis feront-ils la paix ?

Juin 2000, l’Éthiopie et l´Érythrée signent un accord de cessez-le-feu grâce à la médiation algérienne et à celle l’Union africaine alors Organisation de l’unité africaine. Le 12 décembre de la même année, un accord de paix est signé à Alger. Deux ans plus tard, la commission onusienne sur les frontières est mandatée pour déterminer le tracé de la frontière entre les deux Etats qui se sont engagés, au moment de la signature de l’accord de paix, à appliquer ses propositions. Pourtant quand elle attribue la ville de Badme à l’Erythrée, l’Ethiopie refuse de respecter ses engagements. Du moins jusqu’à la semaine dernière où, par courrier adressé aux Nations Unies, elle vient de valider le tracé suggéré en 2002.

Le conflit larvé qui oppose Asmara à Addis Abeba est surtout le combat que se livrent deux hommes, anciens compagnons d’armes devenus ennemis jurés. Le chef de l’Etat érythréen Issaias Afewerki, et son homologue éthiopien Meles Zenawi, ont combattu ensemble pour renverser le dictateur éthiopien Mengistu Haïlé Mariam en 1991. La Somalie qui n’est plus gouvernée, également depuis cette date, est devenue récemment leur nouveau champ de bataille. L’Erythrée, réputé soutenir les ennemis de l’Ethiopie, a été accusé par les Nations Unies Onu d’apporter son appui aux Tribunaux islamiques somaliens qui y ont pris le pouvoir en juin 2006. L’intervention éthiopienne mettra fin, en décembre de la même année, au règne de ceux qui avaient ravi le pouvoir au gouvernement de transition somalien. Asmara qualifira cette incursion de « terroriste ». Les Ethiopiens estiment, pour leur part, que les Erythréens tentent de les déstabiliser à partir de la Somalie. La dernière concession d’Addis Abeba devrait, par conséquent, contribuer à contenir la tension qui s’est encore accrue, ces derniers mois, entre les deux pays à la faveur de la crise somalienne.