Éthiopie : retour des tensions au Tigré, les vols suspendus vers la région


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région du Tigré
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Éthiopie : les combats reprennent dans le Tigré, ravivant les tensions
Les combats ont repris dans la région du Tigré, opposant forces fédérales éthiopiennes et troupes tigréennes à Tsemlet. Ethiopian Airlines a suspendu ses vols vers la région, un signal du regain de tensions, malgré l’accord de paix signé fin 2022.

À peine trois ans après l’accord de paix de Pretoria, le nord de l’Éthiopie connaît une nouvelle phase d’instabilité. Des affrontements entre forces fédérales et troupes tigréennes ont éclaté à Tsemlet, dans l’ouest du Tigré, relançant les inquiétudes autour de la solidité du processus de paix.

Un cessez-le-feu de plus en plus fragile

Les affrontements ont repris ces derniers jours dans une zone historiquement disputée entre les autorités tigréennes et les forces amhara. Des sources sécuritaires et diplomatiques ont confirmé à l’AFP la présence de l’armée fédérale éthiopienne, appuyée par des milices amhara, face aux Forces de défense du Tigré (TDF).

Cette reprise des violences met à l’épreuve le cessez-le-feu issu de l’accord signé à Pretoria fin 2022. L’accord prévoyait notamment le retrait des troupes érythréennes et amhara de la région, un engagement qui, selon plusieurs observateurs, n’a pas été pleinement respecté. Des foyers de tension sont ainsi restés actifs, fragilisant durablement la stabilité du nord du pays.

Dans ce contexte, Ethiopian Airlines, seule compagnie aérienne desservant le Tigré, a suspendu ses vols à destination de la région. Officiellement, la décision est justifiée par des « raisons opérationnelles ». Des sources internes évoquent toutefois un lien avec la dégradation de la situation sécuritaire.

Une situation sous haute tension

La localité de Tsemlet, au cœur des récents affrontements, demeure l’un des territoires les plus sensibles de la région. Elle est revendiquée par les forces amhara, malgré les dispositions prévues par l’accord de paix. Selon une source sécuritaire à Addis-Abeba, « la situation pourrait évoluer rapidement », ce qui souligne les incertitudes sur les capacités des forces tigréennes à reprendre le contrôle de la zone.

À Mekele, capitale régionale du Tigré, l’inquiétude progresse au sein de la population. Un journaliste local joint par l’AFP fait état d’une « anxiété croissante », tandis que plusieurs habitants redoutent une extension des combats. Depuis novembre 2025, plusieurs signaux de fragilité avaient été observés : des incidents sécuritaires dans la région de l’Afar, des divisions internes au sein du Front populaire de libération du Tigré (FPLT), ainsi que le retrait du chef de l’administration intérimaire du Tigré. Autant d’éléments qui laissaient présager une instabilité persistante.

Le spectre d’un conflit toujours présent

Le conflit qui a ravagé le Tigré entre 2020 et 2022, et causé la mort d’au moins 600 000 personnes selon l’Union africaine, continue de peser sur la région. Le Tigré reste au centre de tensions territoriales, militaires et politiques impliquant le pouvoir central, les autorités tigréennes, les milices amhara et des forces érythréennes toujours présentes sur le terrain.

Pour le chercheur Kjetil Tronvoll, spécialiste de la Corne de l’Afrique, cette reprise des affrontements « n’est pas surprenante ». Il met en garde contre le risque d’une escalade militaire susceptible d’impliquer des acteurs extérieurs et de dépasser le cadre régional.
À ce stade, ni les autorités fédérales éthiopiennes ni le Front populaire de libération du Tigré n’ont officiellement réagi. Leur silence alimente les interrogations, alors que l’Éthiopie peine à consolider une paix durable dans une région marquée par des années de conflit.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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