L’essentiel de l’accessoire

Habitué du Festival international de la mode africaine (Fima), Michael Kra n’a raté aucune édition. Cette année, le bijoutier-designer d’origine ivoirienne revient animé d’une nouvelle flamme allumée par sa rencontre avec les Bushmen du désert du Kalahari. Il avoue avoir trouvé un sens à sa vie et entend faire bénéficier le continent de son expérience.

De notre envoyé spécial au Niger

La troisième édition du Festival international de la mode africaine bat son plein au Niger (1er au 6 décembre). Campé sur l’île de Bourdon, à 25 km de Niamey, le Fima rassemble cette année plus de 45 couturiers internationaux. Comme à son habitude, Michael Kra est du voyage. Célèbre pour ses bijoux et ses accessoires, le designer d’origine ivoirienne se redécouvre. Parti à la rencontre des Bushmen du Kalahari, il revient plus fort dans son désir de faire avancer le continent en apportant son aide à une industrie de la mode en plein devenir.

Afrik : Vous créez des accessoires, des bijoux et vous faites de la couture. Vous considérez-vous comme styliste ou bijoutier ?

Michael Kra :
Je me considère comme designer et artiste. J’ai une formation d’architecte d’intérieur. Je suis passé ensuite aux accessoires et aux bijoux. Au départ je faisais des bijoux pour des créateurs, ensuite j’ai évolué en haute couture et maintenant je présente mes bijoux avec mes propres drapés pour mettre mon travail en valeur. Je peux aussi travailler sur des chaussures.

Afrik : On peut lire dans votre biographie de présentation pour le Fima que vous êtes passé de la pièce unique à la « petite couture ». C’est à dire ?

Michael Kra :
J’ai eu l’opportunité de rencontrer Anette Braun qui est devenue mon bras droit. Elle m’a donné l’opportunité d’aller en Afrique australe dans le désert du Kalahari (le désert couvre trois pays : le Botswana, la Namibie et l’Afrique du Sud, ndlr) en tant que consultant en design pour travailler avec les communautés défavorisées et notamment avec les femmes « San » qu’on appelle Bushmen même si je n’aime pas trop ce terme. Cette rencontre a vraiment donné un autre sens à ma vie. Je veux désormais pouvoir transmettre mon savoir-faire à des gens qui ont beaucoup de techniques de travail, des design ancestraux avec de nombreuses matières africaines. C’est la possibilité pour moi de faire la promotion de cette culture et en même temps d’avoir une unité de production sur l’Afrique australe et de pouvoir créer des emplois.

Afrik : Vous dites que les San ont leurs propres techniques, que leur apportez-vous exactement ?

Michael Kra :
Ils travaillent beaucoup les matières naturelles comme l’œuf d’autruche et avaient beaucoup de problèmes à respecter les impératifs des marchés occidentaux , comme par exemple trouver les fermoirs, les fils, tout ce qu’on appelle « les après ». J’ai vu ce qu’ils faisaient. Si c’était un problème de trouver des fermoirs parce que cela revenait trop cher de les importer de Paris ou de Johannesburg, je me suis dit qu’il fallait faire des colliers sans fermoir. Transformer un problème en avantage. On a fait des choses magnifiques, comme des bandoléros qui sont de longs colliers en perles d’œufs d’autruche que l’on peut tourner autour du cou ou en faire des ceintures et des bracelets.

Afrik : Vous dites que cette rencontre à donné un sens à votre vie…

Michael Kra :
La vie est constituée dedifférentes étapes. J’ai démarré à New-York très rapidement. J’ai eu un parcours atypique. J’ai commencé par la grande distribution. J’étais vendu en duty free shop (boutiques détaxées,ndlr) sur Air Afrique, dans les grands magasins aux Etats-Unis. Et puis je me suis remis en question. J’avais besoin de faire des choses plus artistiques donc je suis allé à Paris où j’ai fait beaucoup de pièces uniques en haute couture. J’ai beaucoup appris à Paris en faisant plusieurs saisons avec Louis Ferraud, Pierre Balmain, Jean-Louis Scherrer. Maintenant, pouvoir travailler avec les San m’apporte autre chose. Ça me permet de retrouver mes racines, de travailler avec des matériaux africains et ça me donne un petit plus par rapport à ce que j’ai acquis aux Etats-Unis et en Europe.

Afrik : Etes-vous un designer africain ou un designer tout court ?

Michael Kra :
Designer tout court. Mais j’utilise ma culture qui est africaine et dont on ne peux me dissocier.

Afrik : Quel regard portez-vous sur la mode africaine ?

Michael Kra :
Il y a beaucoup de choses à faire. Il n’y a pas vraiment de mode africaine dans le sens où il existe une mode africaine sur le continent, mais c’est une mode qui ne s’exporte pas vraiment. Les choses commencent seulement à s’organiser et le Fima est là encore une fois pour créer l’événement au Niger.