L’épuisement des sols africains n’est pas irréversible

L’épuisement des sols est une menace pour l’agriculture en Afrique sub-saharienne. Il est donc impératif pour les pays africains de trouver des solutions pour lutter contre ce phénomène. C’est le propos du Sommet africain pour les fertilisants, qui s‘est ouvert ce vendredi à Abuja, au Nigeria, sous la présidence de son Président Olusegun Obasanjo. Des solutions existent. Comme le prouvent les expérimentations réalisées au Burkina Faso par le centre régional Aghrymet au Niger, une institution spécialisée du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cils).

Depuis ce vendredi, se déroule, parrainé par le Président nigérian Olusegun Obasanjo, le Sommet africain pour les fertilisants à Abuja (9 au 13 juin 2006), la capitale politique nigériane. Cette rencontre, initiée par le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) et animée par le Centre international pour le développement des fertilisants (IFDC), une ONG américaine, se penchera sur les moyens de parvenir à l’avènement d’une révolution verte sur le continent. En s’appuyant sur les résultats alarmants d’une étude réalisée par l’IFDC. Les docteurs Julio Henao et Carlos A Baanante, respectivement biométricien et économiste à l’IFDC, ont en effet officiellement publié leur dernière étude sur la dégradation des sols en Afrique subsaharienne. Ce sont plus de 80% des surfaces arables qui sont concernées dans cette région du monde.

Le microdosage, une alternative moins onéreuse pour les paysans

Selon les résultats de ce rapport, qui brasse des informations collectées sur une période de 10 ans, l’Afrique sub-saharienne perdrait par an entre 30 et 60 kg, voire plus pour certains pays, d’azote, de potassium et de phosphore (NPK). Des nutriments essentiels pour la fertilité des sols. Les causes : la pression démographique, la faible utilisation de semences améliorées et d’engrais organiques et inorganiques, la faible productivité agricole et l’érosion des sols. Pour remédier à cette situation, les auteurs proposent notamment un plus grand investissement dans les semences améliorées et l’augmentation de l’utilisation d’engrais. Des pratiques qui font appel aux bourses, souvent vides, des agriculteurs africains qui doivent payer deux à trois fois le prix moyen d’un fertilisant sur le marché international. Cependant, des solutions comme le microdosage – utiliser très peu d’engrais pour un résultat optimal (1 à 15 kg par hectare) – , existent.

Le centre régional Aghrymet (Agriculture, hutrologie et météo) au Niger, une institution spécialisée du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cils), a conduit un projet pilote de restauration de la fertilité des sols entre 2002 et 2005 dans la région du plateau central, au Burkina Faso. Financé par la coopération canadienne, dans le cadre d’un programme dénommée « Appui aux capacités d’adaptation aux changements climatiques au Sahel», des terres ou plus rien ne poussaient, que cédaient volontiers les populations, sont devenues des trésors pour les paysans. « Notre démarche a été de combiner les techniques traditionnelles et les résultats de nos recherches », explique Brahima Sidibé, chef du département information et recherche du centre. Le microdosage, poursuit-il, « permet d’appliquer des quantités très réduites de NPK, nettement inférieures aux doses préconisées, au pied de chaque culture. L’intérêt étant que la plante utilise ce dont elle a besoin ».

Financer l’agriculture

La technique traditionnelle du Zaï, qui consiste à aménager une « espèce de cuvette » pour accueillir la fumure inorganique ou inorganique, permet d’effectuer un semi par poquet d’engrais. Contrairement à l’habitude pratique qui veut que l’application des fertilisants suive le mode d’ensemencement des cultures. Les engrais inorganiques (NPK) et des semences améliorées de sorgho ont été ainsi fournis aux paysans dans le cadre du projet. « Au bout de la deuxième année, constate le spécialiste, les pieds de sorgho sur lesquels les tests avaient été réalisés étaient plus grands, de même que les panicules ». Malheureusement, pour des questions de financement, il n’a pu être reconduit dans d’autres pays du Sahel. En d’autres termes, l’agriculture africaine a besoin d’investissements. Le sommet d’Abuja parviendra-t-il à résoudre ce problème de fonds ?

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