L’Enfant chéri de la mode

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Chouchou Lazare est l’un des stylistes les plus en vue dans son pays, le Gabon. D’un passe-temps, la mode est devenue une passion dévorante à laquelle l’artiste cède volontiers. Entretien avec un créateur plein de philosophie.

Chouchou Lazare est styliste-modéliste. Figure incontournable de la mode gabonaise, son talent est également reconnu à l’extérieur. Il a obtenu le 15 novembre 2002, le premier prix de Création au concours de mode internationale à la biennale de Saint-Etienne (France). Ce jeune homme d’une trentaine d’années, originaire de la province du Ngounie (sud du pays), est le président de l’association des stylistes et créateurs gabonais (Ucreate). Il est également l’instigateur du Fashion Showchou dont la première édition s’est tenue en juin dernier. Afrik l’a rencontré à la veille de son départ pour le Festival international de la mode africaine (Fima) qui se tient actuellement au Niger.

Afrik : Comment êtes-vous arrivé à la mode ?

Chouchou Lazare : C’est venu naturellement, je n’ai pas suivi d’études particulières. Ma mère, qui était assistante sociale, faisait de la couture pour arrondir ses fins de mois. Lorsque j’étais enfant, elle me demandait de dessiner pour elle. Je faisais des copies ou elle me disait ce qu’elle voulait. J’ai réalisé ma première œuvre au CM1. J’ai décousu un short et je m’en suis servi comme patron. Plus tard, en classe de troisième, j’ai vendu mes premiers vêtements mais je ne disais pas qu’ils étaient de moi parce que je pensais que la mode était réservée aux femmes. J’ai réalisé mon premier défilé à l’âge de 19 ans à Libreville. La mode n’était alors pour moi qu’un passe-temps et je trouvais cela valorisant parce que j’étais médiatisé. Je n’en ai pas pour autant abandonné mes études de gestion. En plus, mes parents ne voulaient pas que j’en fasse un métier. J’ai fini par mettre un terme à mes études en Licence. Le poids de mon activité de styliste a commencé à se faire ressentir. Je voyageais beaucoup à l’intérieur du pays et j’étais de plus en plus sollicité. Il fallait que je trafique des justificatifs pour expliquer mes absences en cours.

Afrik : Quelle est la touch Chouchou Lazare ?

Chouchou Lazare : Je travaille plus sur la femme parce qu’elle achète beaucoup de vêtements mais aussi sur les tissus. Ils sont généralement retravaillés. J’utilise notamment beaucoup de perles en verre et du raphia que je teins parfois au gré de mes envies.

Afrik : Les Gabonais s’intéressent-ils à la mode ?

Chouchou Lazare : Un peu. La majorité de ma clientèle est européenne mais il y a aussi des Africains. Ceux sont des gens qui ont voyagé. D’aucuns trouvent mes vêtements trop européens, d’autres trop africains.

Afrik : Beaucoup de stylistes africains affirment vouloir valoriser les matériaux du continent à travers leur travail. Est-ce votre cas ?

Chouchou Lazare : La création reste le plus important pour moi. Si j’utilise le raphia, c’est parce que c’est un matériau que j’aime. Ce sont ceux qui habitent en Europe qui veulent imposer les matériaux africains. Ce qui est quelque peu restrictif. Ce n’est pas que l’Afrique n’ait pas besoin d’être valorisée mais il ne faut pas pour autant brider sa créativité. Même si j’utilise des couleurs « terre », ce n’est pas parce qu’elle rappellent l’Afrique mais tout simplement parce que ce sont des tissus qui me plaisent. Cela me fait penser au poème de David Diop qui dit « Afrique, mon Afrique […] Je ne t’ai jamais connue/Mais mon regard est plein de ton sang […]». Je préfère que cette démarche soit plutôt inconsciente que consciente.

Afrik : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Chouchou Lazare : Mes collections sont inspirées des événements qui ont marqué ma vie. Ma dernière collection (8 des 15 modèles Haute couture sont présentés au Fima, ndlr) s’appelle « Leçon d’Amour ». Pourquoi ? J’ai eu beaucoup de décès récemment dans mon entourage. Tes parents soufrent pour te scolariser, tu commences à travailler, tu t’achètes une petite voiture et tu t’installes dans ta petite routine. Et quand tu meurs, tout cela ne vaut plus rien. Je me suis demandé si la vie ne se résumait qu’à la souffrance. J’en ai conclu que seul l’amour donnait du sens à la vie, il en était le moteur et permettait de survivre aux plus grandes douleurs.

Afrik : Quels sont vos projets ?

Chouchou Lazare : Je souhaite créer un magazine de mode qui sera uniquement diffusé en Afrique centrale. Le projet est en bonne voie.