L’ENA ouvre ses portes aux femmes africaines

Dix-huit femmes chefs d’entreprises africaines ont intégré une formation de 3 semaines en management à l’Ecole nationale d’Administration française (ENA), qui se déroule à Paris du 21 juin au 9 juillet. L’initiative, appelée Genres et développement économique femmes actrices du développement, a été mise en place par le ministère français des Affaires étrangères. Elle vise à aider au développement économique du continent par le biais de ces femmes venues de sept pays d’Afrique subsaharienne francophone.

« Une très belle initiative ». Aissata Touré, à la tête de Multichem, une entreprise spécialisée dans l’exportation agro-alimentaire au Mali, ne tarit pas d’éloges. Du 21 juin au 9 juillet, cette chef d’entreprise fait partie des 18 femmes entrepreneurs, qui ont intégré une formation en management à l’ENA. Agées de 25 à 55 ans, elles sont originaires de pays d’Afrique subsaharienne francophone (Bénin, Burkina Faso, Mali, Togo, République Démocratique du Congo, Cameroun, Sénégal).

L’initiative, nommée Genres et développement économique femmes actrices du développement, a pour objectif de les aider à mieux gérer leurs entreprises. « La formation de haut niveau se compose de modules sur la gestion de projets, la gestion d’équipe, la négociation, les techniques de communication d’une manière globale, sur les responsabilités du manager. Cette formation leur permet de théoriser les connaissances qu’elles ont déjà, car beaucoup d’entre elles ont appris sur le tas », explique Mona Boussedra, conseillère pédagogique du programme à l’ENA.

Et les participantes sont comblées. « Tous les sujets sont très bien choisis, considère Aïssata Touré, car nous pratiquions déjà, mais le fait de passer 3 semaines à approfondir nos connaissances, ce sera très positif au niveau de nos entreprises et associations ». Du côté de Clémentine Mandack, à la tête du CAPIS, une association camerounaise visant à l’insertion des femmes et des jeunes, même constat. « C’est un grand plaisir pour nous que d’être là, à l’ENA. C’est vraiment une formation de haut niveau qui répond à la plupart de nos attentes. Nous remercions la coopération française d’avoir pris cette initiative. Cette formation comble certaines lacunes que nous pourrions avoir. Pour se développer encore plus, ça demande d’autres aptitudes, et la formation nous aide dans cette voie ».

Une inscription nécessaire dans des réseaux

La sélection s’est faite à partir de critères très précis. Pour avoir la possibilité de participer à l’aventure, il fallait « tout d’abord être parfaitement francophone, avoir au minimum Bac+3, diriger une entreprise d’au moins 5 salariés, travailler dans un secteur d’activité porteur ou dans les domaines de l’insertion, l’artisanat, l’agroalimentaire, et, bien entendu, être une femme», explique Mona Boussedra. Autre facteur important : celui d’être insérée dans des réseaux d’organisations de femmes à l’échelle nationale et régionales, dans les sept pays africains francophones choisis. Un point crucial dans la sélection puisqu’il est demandé au femmes participantes de transmettre, à l’issue de la formation, ce qu’elles ont appris.

Les femmes en tant qu’actrices du développement

Le programme Genres et économie en Afrique, les femmes actrices du développement, est le volet économique du vaste «Plan d’action en faveur de l’autonomisation des femmes en Afrique» lancé en 2008 par le secrétariat d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie. Doté de 3 millions d’euros sur 3 ans, il se décline sous la forme de projets et partenariats entre les ONG française et celles d’Afrique, et comprend une partie dédiée à la formation professionnelle des femmes. Des formations d’excellences sont dispensées à l’ENA et à l’Organisation internationale du travail (OIT). L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), pour sa part, se charge d’aider des femmes africaines à démarrer dans l’entrepreneuriat.

Tout cela dans un seul but : « renforcer l’autonomie économique, personnelle et décisionnelle des femmes en Afrique subsaharienne francophone et à promouvoir l’égalité des sexes », a précisé Bernard Valero, le porte-parole du Quai d’Orsay, dans un communiqué. Car selon Mona Boussedra, « La question du développement économique de l’Afrique ne se fera pas sans les femmes ».

A cette première session de formation en direction des femmes africaines entrepreneurs devrait suivre 4 ou 5 autres groupes sur 3 ans.