L’emploi des jeunes, un enjeu vital pour l’Afrique

La crise économique mondiale rend le problème du chômage et du sous-emploi des jeunes de plus en plus problématique en Afrique. Des économistes de la Banque mondiale et de divers organismes internationaux ont débattu sur la question ce jeudi à Paris. Selon eux, l’Afrique, qui compte quelque 200 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans devrait mettre tout en œuvre pour insérer dans la vie active cette population qui va doubler en 2045.

« Dans les pays de l’OCDE, la crise économique mondiale entraîne des suppressions d’emplois. Dans les pays africains, elle provoque des destructions d’emplois mais aussi des pertes de vies humaines. » Lionel Zinsou, économiste béninois et président du conseil d’orientation du groupe de réflexion Capafrique, a insisté ce jeudi sur l’urgence de mettre en œuvre, en Afrique, des mesures pour faire face au chômage, notamment celui des jeunes (15-24ans), en cette période de crise mondiale. Le conseiller économique du président béninois, Thomas Yayi Boni, s’exprimait lors d’une conférence-débat organisée dans les locaux de la Banque mondiale, à Paris, autour du thème Les jeunes et l’emploi en Afrique.

«La jeunesse, une bonne synthèse des chances et des handicaps du continent»

Il a tenu ces propos en s’appuyant sur des données présentées par le co-auteur de l’ouvrage Africa Developpement Indicators 2008/2009, le Brésilien Jorge Arbache, économiste principal au Bureau de la région Afrique à la Banque mondiale. Selon le document, les jeunes seront les plus touchés par la baisse de la croissance économique. Il indique que le marché de l’emploi des 15-24 ans (20% de la population du continent) déjà tendu, avec un taux de chômage d’environ 50%, pourrait se dégrader encore. Et la croissance démographique annoncée en Afrique pour les prochaines décennies pourrait n’arrangera pas les choses. De 200 millions de personnes actuellement, la population des 15-24 ans devrait passer à un peu plus de 400 millions à l’horizon 2045, indique Africa developpement Indicators.

Ces chiffres présentés, il en ressort que « la jeunesse est une bonne synthèse des chances incroyables dont pourrait bénéficier l’Afrique dans les décennies à venir, mais aussi des handicaps incroyables auxquels le continent pourrait faire face », a estimé Lionnel Zinsou. Alors les pays occidentaux et asiatiques devront faire face à une baisse de leurs populations actives, il apparait d’après ces statistiques que le continent sera le réservoir de main d’œuvre du monde au cours des prochaines années. Ce qui semble être une chance pourrait, cependant, se transformer rapidement en handicap. Cette main d’œuvre, s’il elle n’est pas insérée dans la vie économique peut devenir « un risque social incroyable, une véritable bombe à retardement », indique l’ancien banquier d’Affaires. Il a fait état de statistiques, rarement publiées, montrant l’augmentation de la délinquance et des troubles à l’ordre public. M. Zinsou en veut pour preuve la hausse de la consommation des drogues en Afrique de l’ouest et l’augmentation des troubles à l’ordre public.

Les Télécom et la Banque, des secteurs recruteurs

Comment éviter que cette jeunesse qui représente une potentialité énorme pour le continent, ne se transforme en menace ? A cette question, les différents intervenants de la conférence ont tenté d’apporter leurs réponses. Nombre d’entre eux pensent qu’il faut donner une place prioritaire à l’éducation. Certes, des progrès ont été réalisés en la matière dans plusieurs pays ces dernières années, mais beaucoup reste à faire, estiment-t-ils. Il est nécessaire de favoriser l’accès des jeunes à une formations de qualité, d’améliorer les conditions des enseignants et des étudiants, et de promouvoir des spécialités en adéquation avec les besoins du marché de l’emploi en Afrique, a en substance indiqué, pour sa part, Joel-Eric Missainhoun d’Africa Search, un cabinet de Conseil en gestion de ressources humaines, qui recrute pour des grandes entreprises en Afrique.

Malgré la crise, il existe des secteurs qui recrutent en Afrique. Les télécommunications en pleine expansion sur le continent et le secteur bancaire, par exemple. « On assiste à une révolution bancaire sur le continent avec le décloisonnement des zones géographiques permettant l’arrivée sur les marchés subsahariens d’acteurs puissants venus d’Afrique du Nord et du Nigéria », affirme Paul Derreumaux, le PDG de Bank of Africa. Ce dernier a signalé que Bank of Africa, présente dans onze pays, comptait ouvrir une centaine d’agences à travers le continent avec la création de 500 à 800 emplois. Il assure que les autres acteurs du secteur qui sont dans des stratégies de développement similaires à celle de son institution devraient également créer des emplois dans les années prochaines.

Autre secteur à ne pas négliger, les administrations des pays africains. Ces Etats désormais affranchis des mesures d’ajustements structurels que leur avaient imposées les institutions de Bretton Wood, doivent recruter, estime M. Derreumaux, des juristes, des économistes compétents qui pourront discuter d’égal à égal avec ceux du FMI, de la Banque mondiale et des firmes qui veulent s’installer en Afrique.

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Photo: Gabon Eco