L’embarras tunisien

La vérité, toute la vérité. La meilleure façon de briser une rumeur est de laisser les journalistes faire leur travail. L’unique moyen de se débarrasser de l’étiquette honteuse d’antisémite est de faire la lumière sur le drame de Djerba. En muselant la presse, en privilégiant la thèse de l’accident, moins d’une heure après l’explosion, les autorités tunisiennes ont eu exactement le résultat inverse. Tunis, ville accueillante, tolérante, a vu son image se dégrader à une vitesse vertigineuse. En revenant prudemment sur la thèse de l’accident, le régime de Ben Ali perd toute crédibilité. Or, il était de son intérêt de procéder à une enquête sérieuse.

C’est vrai que l’attentat contre la synagogue de Djerba est une mauvaise publicité pour le tourisme et pour Ben Ali. Il est vrai aussi qu’il n’existe pas un climat de haine anti-juive. Mais, par réflexe de soumission à un Etat policier, hérité de longues années de dictature, les autorités ont préféré se cacher derrière le tamis de la désinformation. Mais les Allemands, qui comptabilisent le plus de victimes, ont refusé de se soumettre à une parodie d’enquête.

Le régime de Ben Ali a les moyens d’élucider très vite cette affaire. Il est même étonnant qu’un attentat puisse aller à son terme tant les services de renseignement quadrillent toute vie politique et associative. C’est donc une gifle retentissante pour eux, un échec pour le régime policier. En ouvrant son espace démocratique, la Tunisie gagnerait en crédibilité et en confiance. Car, pour l’instant, c’est plutôt la méfiance qui prédomine. Comment croire, quel crédit offrir à des autorités qui font de l’opacité leur outil de communication ? Non, Tunis n’est pas antisémite, oui, le régime tunisien doit changer.