L’Eldorado algérien des clandestins africains

Les autorités algériennes ainsi que les diplomates accrédités à Alger se déclarent disposés à venir en aide, matériellement et moralement, aux travailleurs africains établis clandestinement dans le pays.

Ils sont des centaines de Maliens, Burkinabé, Sénégalais, Nigériens, Ghanéens, Gambiens, Congolais et Camerounais à transiter chaque jour par l’Algérie, à la recherche d’un hypothétique Eldorado. Ce sont des jeunes Africains qui ont pour la plupart fuie les guerres ethniques et la misère pour tenter leur chance ailleurs. « Par rapport aux autres pays maghrébins, l’Algérie, de par sa situation géographique stratégique et sa stabilité monétaire, est le lieu de transit privilégié des Africains », souligne Guy, un Congolais clandestinement fixé à Alger. Malheureusement pour ces ressortissants africains, réputés pour être une main-d’oeuvre bon marché, le rêve est loin d’être une réalité. Leur situation dans le pays reste plutôt préoccupante. En effet, éparpillés dans divers quartiers de la capitale, ces travailleurs africains vivent en grand nombre dans des conditions d’hygiène difficiles.

Le rêve se transforme en cauchemar

A Dely Ibrahim, sur les hauteurs d’Alger, des Congolais « squattent » de vieilles bâtisses abandonnées ou des constructions précaires, bâties avec des matériaux de fortune. Par ailleurs, certains Africains en situation irrégulière vont jusqu’à commettre des délits pour survivre : falsification de documents de voyage, de billets de banque… D’autres exercent des activités illégales, telles que le vol, le proxénétisme, la prostitution, la commercialisation de stupéfiants etc. Ce qui représente pour la population algérienne pourtant habituée à eux, une source de défiance. Pour Ibrahim, un jeune employé de maison malien, il faut distinguer deux communautés de ressortissants : « Les anglophones, issus par exemple du Nigeria ou de la Sierra Leone, qui viennent gagner de l’argent facile pour décrocher un visa et aller en Europe. Et les francophones d’Afrique de l’Ouest, qui travaillent honnêtement pour gagner leur vie et aider leurs familles. » Comme lui, ils sont nombreux à dénoncer les thèses xénophobes et racistes auxquelles ils font face quotidiennement, aboutissant à multiplier des situations d’exclusion où les droits et la dignité des personnes sont gravement menacés.

Xénophobie et misère

Le ministre chargé de la Solidarité et de l’Action sociale, M. Djamel Ould Abbès, déclare : « La misère n’a pas de frontière ni de couleur, c’est le côté humanitaire que je privilégie. Je suis prêt à intervenir financièrement, lorsque les gens sont en situation de précarité ou de danger. Mais il ne faut pas alimenter le problème, nous avons suffisamment à faire avec nos propres citoyens. » Un avis également partagé par le doyen des ambassadeurs africains du corps diplomatique, M. Michel Bekale-Ekomoe (Gabon), qui souligne : « Les personnes qui vivent aujourd’hui dans la clandestinité et dans la précarité, je les invite à se présenter aux ambassades de leur pays pour être aidés au rapatriement. Néanmoins, si des personnes se trouvent dans la misère, il existe de petites aides financières qui pourront leur être allouées à titre exceptionnel. »

Nos interlocuteurs au niveau du service des étrangers de la wilaya (préfecture)d’Alger disent  » qu’aucune statistique fiable à ce jour ne pourrait donner le nombre exact des travailleurs de la « clandestinité » ou se trouvant en situation difficile ». Le travail non déclaré est devenu un phénomène si largement répandu en Algérie qu’il est difficile aujourd’hui de mettre en place un service d’aide et de protection (couverture sociale) pour les seuls travailleurs clandestins venus de différents pays africains.

Badra Aouared