L’Egypte sur deux fronts

Ambassadeur d’Egypte à Paris, Aly Maher El Sayed prône une solution pacifique pour le règlement de la crise du Moyen-Orient et réitère son soutien à la proposition saoudienne. Il souligne aussi que l’Egypte sera présente à Dakar pour donner une nouvelle impulsion au Nepad. Interview.

Afrik : Quel rôle l’Egypte doit-elle jouer dans le conflit au Proche-Orient ?

Aly Maher El Sayed : Notre position est sans ambiguïté. L’Egypte condamne absolument l’agression d’Ariel Sharon, violation manifeste des accords d’Oslo. Mais nous militons, comme nous l’avons toujours fait, en faveur d’une solution pacifique du conflit. C’est le sens de notre soutien aux propositions saoudiennes du sommet de Beyrouth, qui prévoient une normalisation des relations des pays arabes avec Israël en échange d’un retrait des territoires occupés. Ce plan demeure pour nous une référence pour l’avenir. Avec un autre Israël, pas celui qui tue et détruit toute possibilité de paix.

Afrik : Considérez-vous le début d’un retrait israélien ce mardi comme un signe encourageant ?

Aly Maher El Sayed : Ce modeste retrait doit être suivi de signes plus significatifs. Israël est de mauvaise foi lorsqu’il se retire de certaines zones tout en occupant d’autres territoires. Le plus grand espoir réside dans l’adoption par les Etats-Unis d’une politique plus ferme à l’égard d’Israël. Je n’imagine pas que le gouvernement israélien reste sourd à la pression internationale qui s’exprime de toutes parts. Les conséquences d’un échec de la diplomatie seraient terribles. Cela mettrait en péril la sécurité et la stabilité économique non seulement d’Israël et des pays arabes, mais aussi de l’Europe.

Afrik : Le tourisme égyptien avait subi une crise importante après le 11 septembre. Quelle est la situation aujourd’hui et craignez-vous des conséquences du conflit dans ce domaine ?

Aly Maher El Sayed : Il est vrai que le tourisme avait été gravement affecté. Mais la chute était moins liée à une menace quelconque en Egypte qu’à une psychose vis-à-vis du transport aérien. A partir de Noël et janvier dernier, le tourisme a peu à peu repris et est en passe d’atteindre à nouveau sa vitesse de croisière. Et si vous essayiez de partir en ce moment à Louxor ou au bord de la Mer Rouge, vous auriez du mal à trouver des places rapidement ! Quant à d’éventuelles retombées économiques du conflit actuel, elles sont inexistantes pour l’instant et j’espère qu’elles le resteront. Les combats sont suffisamment éloignés des lieux touristiques pour qu’il n’y ait pas de réelle implication. Même les régions les plus proches de la frontière sont protégées par le Sinaï et la Mer Rouge et n’ont pas à déplorer de baisse d’activité économique.

Afrik : L’actualité met en lumière l’implication de l’Egypte au Moyen-Orient. Quel rôle le pays entend-il jouer en Afrique ?

Aly Maher El Sayed : Nous nous intéressons tout autant à la résolution des conflits africains qu’à ceux du Proche-Orient. Nous avons créé au Caire un centre de résolution des conflits africains, dans lequel des experts africains et égyptiens essaient ensemble de trouver des solutions pour la paix. Nous nous sommes par exemple beaucoup impliqués dans la résolution du conflit soudanais. Une proposition égypto-libyenne pour une réconciliation nationale soudanaise est née dans ce cadre. Un sommet devrait d’ailleurs bientôt réunir des chefs d’Etat africains pour officialiser des accords entre le gouvernement soudanais et les rebelles du sud.

Afrik : Quelles sont, selon vous, les priorités pour aider le développement économique africain ?

Aly Maher El Sayed : L’Egypte a fait partie des pays qui ont le plus contribué à ce que le Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, fusion du Plan Omega d’Abdoulaye Wade et du Plan Millenium de Thabo Mbeki, ndlr) prenne forme. Elle s’est impliquée dans toutes les réunions du Nepad et sera présente à la réunion des chefs d’Etat africains à Dakar le 15 avril. Cette initiative est le meilleur moyen pour sortir l’Afrique du sous-développement et obtenir l’appui des pays du G8 lors du prochain sommet au Canada.