L’Egypte submergée par le virus de l’hépatite C

Des régions entières sont contaminées par le virus de l’hépatite C transmis à partir des années 60 par des aiguilles infectées. Aujourd’hui, le pays compte au moins 8 millions de malades et 18 000 décès sont enregistrés chaque année. Les jeunes enfants sont eux aussi infectés. Des recherches sont en cours pour déterminer les modes de transmission au sein des familles.

Des morts par milliers chaque année. Inconnu des chercheurs avant 1989, le virus de l’hépatite C (VHC) commet actuellement des ravages en Egypte. Le pays connaît la plus importante épidémie jamais observée dans le monde. Au moins une personne sur 10 serait infectée. Dans certaines zones rurales, la moitié des individus de plus de 45 ans est concernée. Comment le pays des pharaons a-t-il pu en arriver là ?

Tout a commencé dans les années 60. L’Egypte de Nasser est un pays ambitieux, mais la situation sanitaire en milieu rural laisse encore à désirer. La bilharziose sévit notamment dans la vallée du Nil. Les autorités médicales décident de lancer un programme d’éradication. Cette infection parasitaire provoque de graves maladies. En 20 ans, ce sont 7 millions d’Egyptiens qui vont recevoir des injections d’un produit à base d’antimoine. Un programme couronné de succès, au moins dans un premier temps.

Une personne sur 10 infectées

Mais dans les années 80, les médecins constatent une augmentation du nombre d’hépatites d’un nouveau genre. Le taux d’infection est particulièrement élevé dans les régions du delta du Nil et de la Haute Egypte. Il faudra cependant attendre une étude publiée en 2000 par la revue médicale The Lancet pour que le lien entre la campagne contre la bilharziose et l’épidémie d’hépatite C soit avéré. Les aiguilles utilisées à la chaîne étaient mal stérilisées. Des villages entiers ont été ainsi contaminés.

Une partie des malades guérit spontanément après un épisode aigu – fièvre, fatigue, jaunisse – qui intervient peu après l’infection (15 à 40 % selon les études de l’Inserm). Mais pour la majorité des cas, la durée d’incubation atteint 20 ou 30 ans. Une absence de symptôme qui ne facilite pas le dépistage et retarde le démarrage d’un traitement curatif. En Egypte, 18 000 personnes meurent chaque année des conséquences de l’hépatite C : cancers du foie, cirrhoses. Un bilan qui devrait doubler dans les 20 ans à venir, d’après les scientifiques.

18 000 morts par an

Si l’origine du mal chez la plupart des adultes ne fait plus de mystère, la transmission du virus aux enfants pose encore beaucoup de questions. Des études menées par les chercheurs égyptiens en collaboration avec l’Inserm mettent en évidence une propagation de l’hépatite C au sein des familles. Les mauvaises conditions d’hygiène – l’utilisation par exemple d’une même brosse à dents par les parents et les enfants – pourraient être la source de la contamination par le VHC qui est présent dans le sang et la salive. Une facilité à être infecté qui pourrait aussi s’expliquer par des facteurs génétiques.

Face à cette catastrophe sanitaire, le Caire tente aujourd’hui d’apporter une réponse médicale aux 8 millions d’Egyptiens infectés. De 30 000 € en Europe, le prix du traitement est déjà descendu à 3 000 € dans les centres spécialisés ouverts par les autorités médicales. La thérapie est longue – 48 semaines – et son efficacité est réelle dans 60 % des cas. Malheureusement, l’offre de traitement est encore insuffisante. Dans l’immédiat, l’espoir repose sur la fabrication locale de médicaments génériques. Reste à mobiliser les fonds pour mener à bien ce combat, et ça c’est une autre histoire.

Photo : le virus de l’hépatite C