L’Egypte signe un accord économique historique avec Israël…

L’Egypte, Israël et les Etats-Unis ont signé mardi un accord de partenariat économique et industriel historique. Celui-ci établit des zones industrielles qualifiées, en Egypte, dont les produits pourront accéder au marché américain sans quota ni droits de douane. Plus que dans le domaine économique, les trois pays signataires espèrent que cet accord permettra un réchauffement général des relations israëlo-arabes au Proche-Orient.

La paix au Proche-Orient passe-t-elle, comme dans l’Europe de l’après seconde Guerre mondiale, par des accords commerciaux, plus que politiques ? L’Egypte, Israël et les Etats-Unis ont paraphé mardi, au Caire, un accord de partenariat économique et industriel jugé historique par ses signataires : Rachid Mohammed Rachid, ministre égyptien du Commerce et de l’Industrie, son homologue israélien, Ehoud Olmert, et le représentant américain pour le Commerce, Robert B. Zoellick. L’accord prévoit l’établissement en Egypte de sept zones industrielles qualifiées (ZIQ), notamment dans les régions du Caire, d’Alexandrie et du Canal de Suez. Les produits réalisés dans ces zones auront un accès au marché américain sans quota ni droits de douane. Seule condition, ils devront être constitués d’au moins 11,7% de composants israéliens. Le même type de ZIQ a déjà été réalisé entre Israël et la Jordanie en 1996. Il devrait porter les échanges commerciaux israélo-égyptiens de 44 millions à 70 millions de dollars par an.

Les industriels égyptiens du textile ravis

Les principaux bénéficiaires de cet accord risquent d’être, en Egypte, les industriels du textile. Les principales ressources économiques de ce pays d’Afrique du Nord sont le pétrole, les métaux et le tourisme. Mais les autorités cherchent de plus en plus à diversifier ses sources de revenu, notamment en exploitant le domaine du textile. D’autant plus que les abords du Nil assurent une importante production de coton. Or, l’abrogation des accords multifibres sur le textile, à partir du 1er janvier prochain, vont entraîner aux Etats-Unis la suppression des droits des quotas d’entrée des produits du textile-habillement.

Cette mesure a d’ailleurs poussé l’Egypte, qui traînait les pieds pour signer cet accord avec Israël, à se décider. D’autant plus que les Etats-Unis refusaient de poursuivre les négociations avec le Caire sur la création d’une zone de libre échange, tant que l’accord sur les ZIQ n’était pas signé avec Israël. Les Etats-Unis sont actuellement le premier client et le deuxième fournisseur de l’Egypte, avec en 2003 1,14 milliard de dollars d’exportations (essentiellement du pétrole) sur le marché américain et 2,66 milliards d’importations. Suivent l’Union européenne et le Japon.

La paix par l’économie

« C’est un bon accord commercial pour nous, mais, plus important encore, il réalise le rêve de voir changer l’atmosphère au Proche-Orient », a déclaré Ehud Olmert à l’issue de la cérémonie de signature. Et « nous pouvons avoir grande confiance dans la continuité et la stabilité des relations entre l’Égypte et Israël. » Cet accord est « une étape importante vers la consolidation de nos relations », qui « contribuera positivement à la prospérité régionale et à la réalisation d’une paix juste et globale au Proche-Orient », lui a répondu Robert B. Zoellick.

Les relations israëlo-égyptiennes s’étaient sensiblement réchauffées, ces derniers mois, avec la libération par l’Egypte d’Azzam Azzam, un prisonnier druze israélien soupçonné d’espionnage, geste auquel l’Etat hébreu avait répondu par la libération de six étudiants égyptiens soupçonnés d’avoir préparé des attentats. L’Egypte a été, en 1979, le premier pays arabe à signer un accord de paix avec Israël, mais celui-ci ne s’était guère traduit dans des gestes concrets. Le Caire a même rappelé son ambassadeur à tel-Aviv, en 2000, au début de la seconde Intifada. De nombreux observateurs estiment que la signature de l’accord économique entre les deux pays pourrait être bientôt suivi de la nomination d’un nouvel ambassadeur égyptien en Israël.