L’Egypte, pont diplomatique entre Israël et le Hamas

La montée en puissance de l’organisation islamiste palestinienne, le Hamas, dans la Bande de Gaza, a fait également de l’Egypte un interlocuteur de choix dans la résolution du conflit qui l’oppose à Israël. La médiation égyptienne, choisie par l’Etat hébreux, s’explique en partie par son ambition de devenir incontournable dans le Moyen-Orient, et ses liens étroits avec les Etats-Unis.

Le Caire a été le théâtre, lundi, d’un ballet diplomatique pour obtenir un cessez-le-feu entre le Hamas et Israël depuis le début de l’offensive de Tsahal, l’armée israélienne, le 27 décembre dernier. Le président français Nicolas Sarkozy a rencontré dans l’après-midi son homologue égyptien, Hosni Moubarak. Dans la matinée, ce dernier recevait une délégation européenne composée des ministres tchèque, français et suédois des Affaires étrangères. Une autre du Hamas est arrivée lundi soir dans la capitale égyptienne, selon la chaîne qatarie Al-Jazeera, en réponse à « une invitation égyptienne en vue d’une discussion » à propos du conflit qui l’oppose à Israël dans la bande de Gaza. Depuis 2007, l’Egypte s’impose comme « le » médiateur entre les islamistes palestiniens et l’Etat hébreu.

L’Egypte, le médiateur «voulu» par Israël

« Pour bien comprendre le rôle de médiateur de l’Egypte, il faut remonter à l’après janvier 2006 [[ Opposé au Fatah, parti historique de Yasser Arafat en perte de légitimité dans les territoires palestiniens, le Hamas remporte les législatives le 26 janvier 2006 dans la Bande de Gaza.]]. L’Egypte n’est pas le seul pays à entretenir de bonnes relations avec le Hamas et le Fatah, c’est le cas de l’Arabie Saoudite, du Qatar ou du Yémen. Les Egyptiens se sont imposés parce qu’ils ont été voulus dans ce rôle par les Israéliens. Il faut dire qu’ils souhaitaient également se rendre incontournables dans la région en réussissant là où les Saoudiens avaient échoué avec les accords de la Mecque de 2005. Ils ont effectivement réussi, même si la trêve n’a pas été facile à obtenir », explique Barah Mikaïl, chercheur à Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste du Moyen-Orient. Le rôle de médiateur que souhaite jouer l’Egypte est aussi dicté par ses liens avec les Etats-Unis. « Les Egyptiens souffrent d’un complexe qui remonte aux années 70. Anouar el-Sadate voulait alors réchauffer les relations entre son pays et les Etats-Unis qui s’étaient dégradées avec son prédécesseur. Depuis, l’Egypte a toujours fait la politique du plus fort, c’est-à-dire celle des Etats-Unis, entre autres pour récupérer le Sinaï perdu en 67. Ils finiront par obtenir gain de cause en 1982 ». En outre, les Egyptiens ne peuvent pas se passer « de l’aide de 2,2 milliards » qu’ils reçoivent des Américains.

Pourtant, les Egyptiens se font violence pour plaire à leurs amis, l’une des raisons pour laquelle ils ont conditionné leur médiation à l’ouverture de négociations entre le Fatah et le Hamas. « L’Egypte n’a pas des relations des plus cordiales avec le Hamas à cause de leur filiation idéologique avec les Frères Musulmans, bête noire du pouvoir égyptien. Les Egyptiens se méfient de tout programme politique qui a un projet religieux et des liens du Hamas avec l’Iran. Ils ont peur que les succès du Hamas à Gaza n’encouragent l’action des Frères musulmans en Egypte. Toutefois, note Barah Mikaïl, ils restent conscients que le Hamas est une formation politique motivée par l’instauration d’un Etat palestinien ».

Le Hamas, interlocuteur incontournable

Quant au Hamas, il a compris que les négociations avec Israël n’étaient possibles que par le biais de l’Egypte. L’organisation islamiste, en devenant un interlocuteur politique incontournable dans le monde palestinien, a conféré ses lettres de noblesse à l’arbitre égyptien. Même « s’il fait le jeu des Israéliens », souligne le chercheur de l’Iris, « au grand dam de l’opinion publique égyptienne, de celle de la sous-région et des gouvernants, notamment jordaniens, le seul pays, qui avec l’Egypte, a signé un traité de paix avec Israël, et qui n’a eu d’autre choix ces derniers jours que d’adopter une posture critique vis-à-vis de l’Etat hébreu. » « Mais dans ses relations avec le Fatah ajoute Barah Mikaïl, depuis les accords d’Oslo, Israël n’a pas besoin de médiateur ».

Le conflit, qui oppose depuis une dizaine de jours, Israël et le Hamas est un nouvel épisode dans la résistance des Palestiniens au blocus dont fait l’objet la Bande de Gaza. Les deux parties ont signé le 19 juin 2008, sous l’égide de l’Egypte, une trêve de six mois. Elle s’est traduite sur le terrain par une accalmie et des gestes de bonne volonté de part et d’autre, comme la libération par Israël de prisonniers palestiniens. La trêve expirait officiellement le 19 décembre dernier et le Hamas avait indiqué qu’il ne souhaitait pas qu’elle soit reconduite. Des tirs de roquettes à partir de Gaza sur Israël, revendiqués par les Brigades Al-Qods, branche armée du Jihad islamique, mouvement radical palestinien, ont succédé à l’annonce du Hamas. Le lendemain, la branche armée de l’organisation islamiste, les Brigades Ezzedine Al-Qassam, revendiquent à leur tour les premiers tirs d’obus de mortier sur Israël.

Crise humanitaire à Gaza

Tout comme les autorités israéliennes, que l’on soupçonne d’avoir durci le ton avec le Hamas, à l’approche des élections législatives, prévues en février, on ne peut pas écarter les ambitions politiques de la formation politique palestinienne. Le mandat de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, s’achève en principe en janvier 2009 et il avait indiqué le 16 décembre qu’il organiserait «très prochainement» des élections présidentielles et législatives anticipées puisqu’aucun terrain d’entente n’a été trouvé avec le Hamas. « Mahmoud Abbas a le choix entre prolonger son mandat, le scénario qu’il semble avoir sa faveur, et organiser des élections. Le Hamas préfère cette solution et compte montrer son aptitude à assumer la présidence en faisant montre de sa capacité à défendre les intérêts des Palestiniens », analyse Barah Mikaïl.

Les récentes offensives israéliennes sur Gaza ont fait au moins 320 morts. La région est en proie aujourd’hui à une grave crise humanitaire à laquelle le blocus dont elle fait l’objet a déjà fortement contribué. La communauté internationale appelle à un cessez-le-feu immédiat alors que l’offensive terrestre de l’armée israélienne a pris de l’ampleur ce lundi. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a demandé l’ouverture des frontières, côté égyptien, pour permettre aux Palestiniens, qui le souhaitent, de quitter la Bande de Gaza.