L’Egypte juge ses homosexuels

La justice égyptienne ne sait plus que faire des 52 personnes accusées d’homosexualité, délit non existant en Egypte. Les autorités sont embarrassées, tétanisées. Elles ne savent plus comment prendre ce procès. Et surtout sur quelles bases juger les prévenus. Chronique d’un procès kafkaïen.

Dieu, Satan, le sexe et Israël.  » C’est vous les pédés ! « , lance la foule aux policiers emmenant les 52 prévenus vers le tribunal. La justice égyptienne les accuse de  » pratique d’homosexualité et d’actes obscènes « ,  » mépris de la religion  » et  » constitution de groupe illégal « . Et grâce à cette dernière accusation, leur sort est entre les mains de la Haute Cour. Qui, en temps ordinaire, statue sur les extrémistes religieux et les terroristes. Injures, jets de pierres, les familles des prévenus sont remontées contre les policiers. Le  » procès des homosexuels  » peut commencer.

Le 11 mai dernier, les policiers prennent d’assaut le Queen’s boat, un bateau-restaurant-discothèque situé au bord du Nil à Zamalek, et arrête tous ses occupants. Selon les différents témoignages recueillis par les militants des droits de l’Homme, les forces de police ont arrêté tous les hommes et ont pris soin de laisser en liberté les couples et les étrangers.

Souriez, vous êtes filmés !

 » La presse à scandale égyptienne s’est jetée sur cette affaire. Et a publié les photos des  » déviants « , les jetant ainsi en pature à la vindicte populaire. Le gouvernement fait la chasse aux sorcières pour plaire aux islamistes. Mais devant le tollé international, il se retrouve embarrassé « , explique Hamed, militant des droits de l’Homme. La justice égyptienne a du mal à trouver des actes d’accusation pour juger les prévenus qui sont pour la plupart des personnes exerçant des métiers libéraux. Car, selon les lois égyptiennes, l’homosexualité n’est pas un délit.

Le procès a pris ces derniers jours une tournure abracadabrantesque. Les prévenus sont accusés d’appartenance à une secte satanique qui a pour but de déformer le message de l’Islam. Le Parquet de Sûreté de l’Etat laisse filtrer l’information selon laquelle les accusés auraient reçu des aides financières d’Israël pour salir la religion musulmane !  » Ce sont des accusations fantaisistes, qu’ils laissent les gens tranquilles ! « , s’insurge Hamed.

Porno sur le web

Chérif Farahat, ingénieur informaticien, et Mahmoud Ahmed Allam, représentant de commerce, sont accusés « d’exploiter la religion musulmane pour propager des idées extrémistes, d’introduire des modifications aux versets du Coran afin de mépriser les religions monothéistes et le prophète Mahomet, d’inventer un mode de prière différent de la prière musulmane ». Les autorités égyptiennes semblent s’acharner sur Chérif Farahat qu’elles accusent d’être à la tête d’une secte et de diffuser des photos pornographiques sur Internet. L’avocat de l’accusé ne nie pas les penchants sexuels de son client mais réfute toutes les autres accusations.

Seules 17 personnes ont reconnu leur homosexualité, les autres nient farouchement cette  » accusation « .  » Ces jeunes n’ont commis aucun crime, à part le fait qu’ils seraient homosexuels « , s’insurgent les avocats. Amnesty international qualifie les prévenus de  » prisonniers de conscience  » et appelle à leur libération.

Dans un procès similaire, les accusés avaient été libérés après avoir professé l’acte de foi musulmane,  » Il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète « . Cette fois-ci, les prévenus risquent cinq ans de prison.