L’économie égyptienne à la croisée des chemins

Crise ou pas crise ? La santé de l’économie égyptienne fait couler beaucoup d’encre. Si les chiffres plaident pour un pays moribond, les plus hautes autorités de l’Etat clament haut et fort la vigueur d’un système en pleine mutation. Le FMI et surtout l’Union européenne semblent y croire. Mais le processus de libéralisation se fait encore attendre et le spectre du chômage n’a jamais été aussi menaçant.

 » L’économie égyptienne est forte et ne souffre d’aucune crise « . Le message du Premier ministre égyptien, Atef Ebeid, est clair. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, face à un chômage et à un processus de privatisation à la traîne, nombreux sont ceux qui pensent que le pays est en crise. Une opinion que ne semblent pas partager l’Europe et les instances financières internationales qui se sont engagées, ce mercredi, à fournir une aide de 10,3 milliards de dollars à l’Egypte sur trois ans, dont 2,1 milliards versés cette année pour combler les pertes provoquées par les attentats du 11 septembre.

Dans la ligne de mire des détracteurs : la libéralisation des entreprises. Depuis dix ans, l’Egypte affiche le pari de désengager l’Etat des secteurs clefs de l’économie. Ouvrant en cela les marchés à la concurrence et misant sur le privé pour développer et moderniser les systèmes de production pour les rendre compétitifs. Mais sur les quelque 300 entreprises programmées, seules 185 ont effectivement quitté le giron national. 31 en 1999, 25 en 2000 et seulement 13 en 2001.

Boudée par les investisseurs étrangers

Malgré la volonté des autorités nationales, le pays ne séduit pas les capitaux étrangers. Pire encore il les séduit de moins en moins comme en témoigne la chute spectaculaire des investissements étrangers l’année dernière. Seulement 120 millions d’euros ont répondu en 2001 aux 400 millions enregistrés en 2000. Reste alors la manne financière locale. Mais les fonds sont rares.

Autre sujet d’inquiétude pour certains observateurs : le chômage. Les chiffres – officiels – font état de 8% de la population active. Mais pour l’Egypte il s’agit là d’un problème crucial, l’emploi étant considéré comme un facteur capital de développement et de stabilité sociale. Pour le Fonds monétaire international (FMI), il faudrait au pays un taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) de 6% pour espérer combattre efficacement le fléau. Or le Premier ministre a annoncé que la croissance du PIB qui  » chuterait à 3,3% en 2001, au mieux à 4.8% si les recettes du tourisme le permettaient (mises à mal après les attentats du 11 septembre dernier, ndlr) pouvait atteindre un taux de 5% en 2003, selon les estimations du FMI « . Le bout du tunnel n’est donc pas pour demain.

L’Union européenne et le FMI confiants

Pour préoccupante que la situation paraisse, l’Europe et la Banque mondiale accordent une confiance bienveillante à l’Egypte. Le FMI salue les réformes politiques et institutionnelles menées jusque là par le gouvernement. Même s’il reste beaucoup à faire, les avancées sont jugées significatives. Assez du moins pour le grand argentier international soutienne le pays dans sa transition vers l’économie de marché.

C’est dans cette optique que l’Union européenne -qui absorbe 46% des exportations égyptiennes- a accordé, en janvier dernier, au pays une enveloppe de 250 millions d’euros pour qu’elle puisse moderniser son industrie. Déconfiture toutefois du côté de la coopération euroméditerranéenne où le ministre du Plan et de la Coopération internationale, Ahmed Darsh, s’attendait à une aide de 370 millions d’euros dans le cadre du programme Meda II . Il ne recevra que 20 millions pour soutenir le secteur privé et les capacités du pays à l’exportation ainsi que pour attirer des investissements.

L’Egypte espère ne pas subir une même déconvenue à la conférence des donateurs, ouverte ce mardi à Charm el-Cheikh. Le chef du gouvernement attend jusqu’à 3 milliards de dollars d’aide de la part des 37 nations participantes -dont beaucoup voient en l’Egypte un rempart contre l’intégrisme religieux- pour faire face aux conséquences économiques des attentats du 11 septembre aux Etats Unis. Un test grandeur nature pour évaluer la véritable cote du pays.