L’économie de l’autruche

Un nouvel élevage fait son apparition au Maroc. L’autruche. Le précurseur s’appelle Philippe Barotin. Il ambitionne, d’ici la fin de l’année, un cheptel de deux mille têtes destinées à l’exportation pour leur chair et au marché intérieur pour leur peau.

Maroc. Province de Taroudant, à cent kilomètres d’Agadir. Une ferme d’élevage. Ni mouton, ni chèvre, ni vache. Alors quoi ? Quel est donc cet étrange volatile au long cou qui se ballade en troupeaux dans les champs ? Cet oiseau, qui pourtant ne vole pas, est une autruche. L’homme qui a introduit l’animal dans le pays est Français, il s’appelle Philippe Barotin. L’unité de production qu’il développe compte actuellement cent bêtes, deux mille d’ici la fin de l’année. Leur chair est destinée au marché européen, leur peau aux tanneries marocaines.

Dans l’Hexagone, sa société, Eurotruche, ne produit que 20% des bêtes qu’elle commercialise. Elle doit importer les 80% restant d’Afrique du Sud, d’Israël et d’Australie.  » La marge pour des activités de production propres est énorme. Nous installer au Maroc procède à la fois d’un choix économique et technique « , explique Philippe Barotin. Le climat et le coût de la main d’oeuvre. Deux éléments qui ont pesé lourd dans la balance pour le chef d’entreprise français qui cherchait à augmenter son activité. Son dévolu s’est donc jeté sur le royaume chérifien.

Une viande destinée à l’Europe

L’exploitation Elevage Sud Autruche, ouverte depuis février 2001, est en pleine phase de maturation. Cent autruches reproductrices travaillent à donner d’ici la fin de l’année deux mille bêtes. Bêtes qu’il faudra par la suite engraisser pour qu’elles atteignent leur poids d’exploitation, cent à cent-dix kilos.  » Il nous faudra attendre un an et demi avant de pouvoir commencer la commercialisation « . L’objectif, à moyen terme, sera de cinq à dix mille bêtes.

 » La chair est, pour l’instant, destinée au marché européen, où il y a une forte demande pour ce nouveau produit. Pour le Maroc, l’autruche reste trop largement méconnue et les prix relativement élevés « . Philippe Barotin travaille pour l’exportation. Il ne désespère pas cependant de convertir les Marocains à une viande diététique, faible en graisse et sans cholestérol.

Former les tanneurs marocains

Pour l’heure, ce sont les tanneries du pays qui devraient bientôt voir arriver les premières peaux d’autruches dans leurs ateliers. Une nouveauté, un nouveau savoir-faire qu’ils ne maîtrisent pas. Qu’à cela ne tienne. L’éleveur vendéen a tout prévu. Un tanneur français est à pied d’oeuvre pour former ses homologues marocains qui s’exercent déjà sur des peaux brutes importées de France.

Outre les questions de tannerie, la chaîne de production à proprement parler comprend également un abattoir dont la construction n’a pas encore démarré.  » Les dossiers d’agrément sont déjà prêts, nous comptons sur le ministère (de l’Agriculture, ndlr) pour nous aider « . Toujours est-il que l’autruche séduit. Si ce n’est les pouvoirs publics, de nombreux paysans font déjà les yeux doux au tendre animal, intéressés qu’ils sont à diversifier leurs activités. Et le mariage de raison entre le Maroc et l’autruche pourrait bien, sous peu, devenir un mariage d’amour.