L’Ecole supérieure de journalisme d’Alger naît dans la douleur

Apprentissage des nouvelles techniques de traitement de l’information, ouverture sur les nouvelles tendances de la communication, spécialisation, professionnalisation : l’Ecole supérieure de journalisme et des sciences de l’information d’Alger est un projet ambitieux. Brahim Brahimi, directeur de l’établissement, craint toutefois que les problèmes de logistique et de budget ne viennent compromettre cette expérience inédite en Algérie.

L’Ecole de journalisme d’Alger, la première du genre en Algérie, devrait ouvrir ses portes avant la fin 2009. C’est en tout cas ce qu’espère le directeur et chargé de projet de l’école, le professeur Brahim Barhimi, déjà un brin désabusé. En cause : gestion opaque du budget, manque d’équipements, de mobiliers… Sur le papier, il s’agit pourtant d’un projet ambitieux, faisant partie d’une réforme prévoyant la création de quatre grandes écoles réservées à l’élite [[Ecoles des Sciences politiques, Mines et Métallurgie, Enseignement technologique, Journalisme et Sciences de l’Information]]. Ouverture sur les langues, sur les nouvelles techniques de traitement de l’information, spécialisation, professionnalisation, esprit critique rompant avec «le parti unique » : à en croire M. Brahimi, le programme sur lequel il a planché pendant 6 mois est audacieux et innovant. En rupture avec les « pratiques » de la moribonde Faculté des Sciences politiques et de l’Information, seule habilitée à former des étudiants en journalisme jusqu’ici, et où il a enseigné pendant plusieurs années. Mais il prévient : « Si d’ici le 2 novembre, je n’ai pas les moyens d’organiser le concours d’accès, je ne sais pas si je pourrai continuer ».

Afrik.com : Quelle est la philosophie de votre programme ?

Brahim Brahimi :
Il s’agit d’un enseignement réellement professionnel, qui tient compte des réalités du secteur « utilisateurs ». Nous allons par exemple donner des cours de techniques rédactionnelles en arabe et en français. Ce qui est loin d’être évident. La décision d’enseigner en français nous a valu pratiquement des insultes de la part d’une certaine presse arabophone. La presse écrite algérienne compte 76 quotidiens, parmi lesquels 34 sont édités en langue française. Nous n’allons pas faire abstraction de cette réalité. En outre, nous allons organiser une journée d’étude, sous le thème « La formation au service des secteurs utilisateurs », où nous invitons les éditeurs et les syndicats de journalistes à donner leur avis sur le programme, et ce avant le début des cours. Un autre point fondamental pour nous, c’est que la formation doit épouser les tendances modernes du journalisme. Nous allons enseigner des spécialités comme le journalisme économique, qui est né aux Etats-Unis il y a à peine dix ans. Nous avons en Algérie une presse trop politique, qui se réveille le souvent à l’approche des échéances électorales sur fond de manœuvres politiciennes. Il faut changer cela, aller vers plus de professionnalisme, de spécialisation. Il faut surtout mettre fin au règne de l’esprit du parti unique et de la propagande, ce que l’unique chaîne de télévision algérienne n’a visiblement pas encore compris.

Afrik.com : Comment votre programme s’articule-t-il avec le marché du travail ?

Brahim Brahimi :
Dans le cadre du projet d’une convention collective, je propose aux éditeurs de donner une promotion à leurs journalistes qui feront un stage de six mois au sein de l’école. D’autre part, nous avons aussi pas mal de propositions de la part du CFPJ pour que nos étudiants effectuent des stages de 15 jours en Europe. Dans ce cadre, nous ferons venir des professeurs pour donner des cours pour une durée de 10 jours. J’ai enfin proposé au CFPJ de nous faire profiter de son expérience au Liban et en Egypte pour envoyer nos étudiants en stage là-bas. Cela nous permettra de mieux nous connaitre entre Arabes. Les Français sont un petit peu réticents sur ce point parce qu’ils préfèrent toujours qu’on aille vers eux, mais j’espère que cela aboutira.

Filières de l’Ecole supérieur de journalisme et des Sciences de l’Information

L’école de journalisme et des sciences de l’information compte deux départements. Le département de journalisme renferme quatre filières. Il s’agit du journalisme scientifique, destiné aux ingénieurs en sciences et techniques ; le journalisme social, ouvert aux licenciés en sciences sociales et juridiques ; le journalisme économique auquel pourront postuler les licenciés en sciences économiques et sociales ; et, enfin, le journalisme institutionnel et d’entreprise. Quant au département des Sciences de l’Information, il renferme deux filières : la gestion des médias et médias et sociétés.

Afrik.com : Quelles sont les modalités d’accès, la capacité d’accueil de l’école ?

Brahim Brahimi :
Je retiendrai 25 étudiants maximum par filière. Ils devront être titulaires d’une licence. A cette rentrée, l’école accueillera 175 étudiants en Master I. L’année prochaine, nous en compterons 350 en tout. Nous allons présélectionner les 100 meilleurs dossiers pour chaque filière. Nous en retiendront 50 à l’issue d’un concours écrit, puis 25 après un test oral.

Afrik.com : Etes-vous satisfait de l’équipement ?

Brahim Brahimi :
Nous avons entre autres une médiathèque et des ordinateurs portables à notre disposition. Mais c’est l’aspect audiovisuel qui pose problème. Le seul matériel qui existe est celui de la Faculté des Sciences politiques et de l’Information. J’ai dit à plusieurs reprises qu’on ne pouvait pas faire du neuf avec du vieux. J’ai demandé à être autonome. L’institut des Sciences de l’information est géré de façon désastreuse, il y a des problèmes à tous les niveaux, le programme est archaïque. C’est l’université la plus sinistrée du pays.

Afrik.com : Avez-vous mis en place une équipe d’enseignants ?

Brahim Brahimi :
Oui, des collègues compétents qu’on a souvent marginalisés. Surtout parce qu’ils sont francophones, parce qu’ils maîtrisent le français en plus de l’arabe.

Afrik.com : Et s’agissant du budget ?

Brahim Brahimi :
Je ne pourrai vous dire grand chose à ce sujet, sauf qu’il y a des magouilles. Pour vous dire, je n’ai même pas encore reçu de tables. Je suis actuellement en train de me bagarrer pour avoir des chaises. Si d’ici le 2 novembre on ne me donne pas les moyens d’organiser mon concours, je ne sais pas si je pourrais continuer.

Afrik.com : Vous avez tout de même bon espoir pour ce projet…

Brahim Brahimi :
J’ai plus de 30 ans de galère dans l’enseignement. Mon expérience m’a montré qu’il y a une minorité de jeunes à laquelle il faut s’intéresser en tant qu’enseignant. Même si parfois il nous arrive de ne plus croire en ce pays, je pense que cela vaut le coup de se bagarrer pour les jeunes. J’ai 60 ans. Je devais prendre ma retraite cette année, mais j’ai décidé de donner encore 2 années de ma vie pour ce projet.