L’eau manque aux Marocains, mais les priorités de Mohammed VI sont ailleurs


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Le roi du Maroc, Mohammed VI
Le roi du Maroc, Mohammed VI

Pendant quatre jours, des milliers d’habitants de Fès ont vécu au rythme des coupures d’eau. Des familles ont dû parcourir plusieurs kilomètres pour remplir quelques bidons, acheter des bouteilles à prix fort ou attendre le retour hypothétique de l’eau dans leurs robinets. Dans une ville historique du royaume, en pleine période de fortes chaleurs, cette scène n’aurait jamais dû exister. Pourtant, elle est devenue une réalité.

Face à cette nouvelle crise, la Société régionale multiservices Fès-Meknès a évoqué une rupture sur la conduite principale alimentée par le barrage Idriss Ier. Un système de distribution alternée a été instauré entre les quartiers. De son côté, la section locale de l’Association marocaine des droits humains a réclamé une enquête transparente afin d’établir les responsabilités et d’évaluer la conformité des infrastructures récemment mises en service.

Investissement massif dans la modernisation des forces armées

Cette situation soulève une question importante : quelles sont aujourd’hui les véritables priorités du Maroc ? Depuis plusieurs années, le royaume affiche une ambition spectaculaire sur la scène internationale. Les grands chantiers se succèdent. De nouveaux stades voient le jour dans la perspective de la Coupe du monde 2030. Des aéroports sont modernisés ou agrandis. Les infrastructures routières et ferroviaires poursuivent leur développement. En parallèle, Rabat investit massivement dans la modernisation de ses forces armées.

Les acquisitions militaires se multiplient. Avions de combat, drones, systèmes de défense aérienne, missiles de précision, radars et équipements de dernière génération viennent renforcer les capacités de l’armée marocaine. Ces investissements sont régulièrement présentés comme nécessaires pour garantir la sécurité nationale au moment où Rabat accroît sans cesse la rivalité avec Alger.

La vie quotidienne de millions de personnes affectée

Personne ne conteste à un État le droit d’assurer sa défense. Mais lorsque des citoyens passent plusieurs jours sans eau potable au cœur de l’été, la hiérarchie des urgences devient un sujet de débat public légitime. Car l’eau n’est pas un luxe. Elle constitue un besoin fondamental. Sans eau, aucune économie ne fonctionne normalement, aucune agriculture ne prospère durablement et aucune famille ne peut vivre dignement. Les difficultés rencontrées à Fès ne sont d’ailleurs pas un épisode isolé.

Depuis plusieurs années, le Maroc est confronté à une succession de sécheresses qui exercent une forte pression sur les ressources hydriques. Les niveaux de plusieurs barrages ont fortement baissé et les autorités ont dû instaurer diverses mesures d’économie d’eau dans plusieurs régions du royaume. Dans ce contexte, chaque panne, chaque rupture d’approvisionnement ou chaque défaillance technique affecte directement la vie quotidienne de millions de personnes.

Le Maroc, un pays en pleine modernisation ?

Ce contraste est d’autant plus frappant que l’image projetée par le royaume demeure celle d’un pays en pleine modernisation. Les grands événements internationaux, les projets immobiliers, les infrastructures sportives et les investissements stratégiques occupent régulièrement la communication officielle. À cette image s’ajoute un autre élément qui nourrit régulièrement les débats.

Selon plusieurs médias ayant consacré des enquêtes au sujet, Mohammed VI disposerait d’une importante collection privée de véhicules de prestige, héritée en partie de la tradition instaurée sous Mohammed V et Hassan II puis largement enrichie au fil des années. Ces publications évoquent plusieurs centaines de voitures réparties entre différentes résidences royales. Elles comprennent notamment des modèles Mercedes-Benz, Rolls-Royce, Aston Martin, Ferrari ou encore des véhicules rares produits en séries limitées.

Question autour des priorités du roi Mohammed VI

Ces informations, largement reprises par la presse internationale, continuent d’alimenter les discussions sur le contraste entre le train de vie associé à la monarchie et les difficultés économiques auxquelles une partie de la population est confrontée. Les critiques ne portent pas seulement sur les véhicules eux-mêmes, mais sur l’image qu’ils renvoient dans un pays où de nombreux citoyens font face à des contraintes sociales, économiques et climatiques. Les coupures d’eau observées à Fès donnent aujourd’hui une résonance particulière à ce débat.

Car lorsqu’une mère de famille doit parcourir plusieurs kilomètres pour remplir quelques bidons pendant que le pays poursuit des projets de plusieurs milliards, la question des priorités s’impose naturellement dans le débat public. Le Maroc dispose d’atouts considérables. Son économie s’est diversifiée, ses infrastructures se développent et son rayonnement diplomatique s’est renforcé sur plusieurs dossiers internationaux.

Garantir aux citoyens l’accès permanent à l’eau potable

Mais le développement ne se mesure pas uniquement à la hauteur des tours, à la taille des stades ou au niveau de sophistication des équipements militaires. Il se mesure aussi à la capacité d’un État à garantir à chacun de ses citoyens l’accès permanent à l’eau potable, à l’électricité, aux soins et aux services essentiels. Les crises climatiques appelées à se multiplier dans les prochaines années imposeront des choix toujours plus difficiles. Les investissements dans les barrages, le dessalement de l’eau de mer, la rénovation des réseaux de distribution, la lutte contre les pertes techniques et la sécurisation de l’approvisionnement devront occuper une place centrale.

Car l’histoire retiendra moins le nombre de drones acquis, la puissance des missiles ou l’éclat des cérémonies officielles que la capacité d’un pays à répondre aux besoins les plus élémentaires de sa population. Lorsqu’un robinet reste désespérément sec pendant plusieurs jours, aucune démonstration de puissance ne peut faire oublier une évidence : la première richesse d’une nation demeure le bien-être de ses citoyens.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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