L’avenir de l’audiovisuel français passe aussi par l’Afrique francophone


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Le potentiel de demande de matériels et contenus audiovisuels est immense, en Afrique. La France pourrait y jouer sa carte, à condition pour les entreprises de savoir réinventer leur modèle économique.

Le diagnostic des menaces qui pèsent sur l’avenir de l’audiovisuel français n’est plus à faire. Comme beaucoup de travaux l’ont montré, parmi lesquels la récente étude de la chaire médias et marques de Mines ParisTech dirigée par Olivier Bomsel, l’équilibre sur lequel l’écosystème audiovisuel était fondé est profondément remis en cause par le numérique. Parmi les solutions évoquées, la création de nouveaux débouchés pour notre industrie est l’une des plus importantes. La pénétration de nouveaux marchés pour nos productions est en effet la clé du développement de nouvelles recettes, seules capables de contrebalancer la baisse inéluctable des financements de la TV. Les industriels de l’image doivent réaliser que l’Afrique (spécialement les territoires francophones) représente une opportunité immense qu’ils doivent saisir, avec l’aide active de l’Etat.

Le numérique en Afrique, une opportunité pour tout le secteur

Le continent africain connaît, quoiqu’à un rythme différent de celui de l’Europe, la diffusion des technologies numériques. Le potentiel de demande de matériels audiovisuels et de contenus est immense. Avec 12 pays, l’Afrique subsaharienne francophone représente un marché de 200 millions d’habitants. La population, particulièrement jeune (en 2040, 40% des adolescents du monde seront Africains), est susceptible d’adopter plus facilement les nouvelles technologies. L’arrivée du numérique en Afrique est une opportunité pour l’ensemble du secteur, de la prestation à la diffusion en passant par la production. Tout y est à faire : les infrastructures sont fragiles, l’ADSL ne concerne que les grandes villes, le tissu de production local est très peu développé, le marché publicitaire est encore immature, etc. Ce sont ainsi tous les chaînons de notre filière de l’image qui peuvent potentiellement trouver là-bas matière à vendre leur savoir-faire.

Une France peu présente

Alors qu’elle avait participé dès le début des années 2000 au développement du secteur dans cette zone, la France est aujourd’hui peu présente, laissant la place à d’autres pays comme la Chine ou les Etats-Unis. Les déboires essuyés par certaines de nos entreprises ont laissé une trace durable dans les mentalités de nos entrepreneurs. Alors que la filière française de l’image est désespérément en manque de relais de croissance, le moment est venu pour un retour commercial gagnant dans cette zone qui s’ouvre tous azimuts.

Réinventer le modèle économique

De quelle façon pouvons-nous accomplir ce retour gagnant ? La situation particulière du continent africain, où les Etats jouent traditionnellement moins un rôle structurant qu’en Europe, nécessite une réinvention du modèle économique : plutôt que des subventions difficiles à mettre en place, c’est une logique de partenariats locaux qu’il convient de mettre en place. Les grands groupes français présents dans la zone tels qu’Orange ou Bolloré peuvent servir d’introduction à une myriade d’entreprises plus petites complémentaires sur la chaîne de l’image.

Notre proximité culturelle et historique avec l’Afrique nous permet de mettre place des partenariats à long terme sur l’ensemble de la chaîne de l’image avec des entreprises locales qui doivent être accompagnées dans leur éclosion et leur déploiement, à l’image de ce qu’a pu faire avec succès Canal Plus. L’Etat peut jouer un rôle en aidant les pays à structurer juridiquement le marché (pour faire reculer le problème des impayés notamment) et à coordonner le financement des entreprises locales, à travers la BPI par exemple. On pourrait imaginer que le CSA accompagne les pays qui souhaitent créer les régulations nécessaires au développement de leur offre audiovisuelle.

L’exception française, un véritable atout pour le rayonnement français?

Le secteur de l’image peut être la preuve que l’économie française peut s’exporter si nos entreprises savent jouer la carte des alliances stratégiques et si l’Etat adopte enfin une vision claire de son rôle. Il serait par exemple particulièrement bienvenu que le CNC conçoive une politique ambitieuse destinée aux programmes francophones en Afrique. La fameuse « exception culturelle » française pourrait ainsi devenir non plus un sujet de stigmatisation au niveau international mais un véritable atout de rayonnement.

Par Bernard Chaussegros, associé fondateur de Smart Consult

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