L’Autre cinéma africain

Sulfureux avec Carmen, captivant avec Forbidden Fruit, poignant avec l’Afrance, vertigineux avec L’Autre monde… le cinéma africain fait sa mue. Une métamorphose. Il s’éloigne du néoréalisme italien pour s’occuper de la fiction. Sans se couper des réalités pour autant. Quand la fiction rejoint la réalité. La réalisatrice zimbabwéenne, Muluwa Bruce, s’attaque à l’homosexualité féminine, Merzak Allouache redécouvre son Algérie natale, l’Autre monde, et Serge Issa Coelo analyse les désillusions du pouvoir et des idéologies. Un parcours initiatique au Tchad. Il signe, par la même occasion, l’unique film tchadien.

Afrique plurielle. Les nouveaux films témoignent de la volonté des réalisateurs africains de sortir de l’indolence naïve, de briser les carcans des scénarios imposés. Ni complaisants, ni hystériques, les oeuvres cinématographiques se veulent avant tout un regard, des regards, sur un continent et ses habitants. Forcément, les visions sont multiples car l’Afrique est plurielle. Tant mieux. Malgré les faibles moyens techniques, les cinéastes font preuve d’une maîtrise parfaite. Fini les discours-fleuves, les paysages et les mérites du pouvoir en place. Le cinéma est la vie.

Identité. Le Sénégalais Alain Gomis et l’Algérienne Yamina Benguigui scrutent, analysent l’identité des immigrés. Rapports Nord-Sud. Fascination et rejet. Le sujet n’est pas nouveau mais la façon de le traiter, sur le plan technique et idéologique, a radicalement changé. Qu’on le sache, les Africains accompagnent l’évolution du cinéma ! Et leur regard apporte une fraîcheur à cet art abandonné par les pouvoirs publics. Il serait hypocrite de s’effaroucher sur la distribution, ou la non-distribution, de ces films en Afrique. Les Etats ont déserté depuis longtemps la culture, laissée en jachère. Si les cinéastes peuvent continuer à tourner, ils ne le doivent qu’à leur talent. Le public africain patientera beaucoup avant de voir ces films à l’écran. Un désir qui peut être exaucé par une politique volontariste des Etats. Il y va de la survie du cinéma africain.