L’au-revoir à Mourad Oussedik

Les obsèques de l’ancien militant du Front de libération nationale algérien, Mourad Oussedik, ont été célébrées ce mardi au cimetière des Batignolles, à Paris. Mais la famille et les amis de l’avocat des « porteurs de valises » ont du faire leurs adieux à un cercueil vide, en raison d’un vaporeux différent juridique sur le lieu d’enterrement de la dépouille.

La famille, les amis, anciens compagnons de lutte et collègues de Mourad Oussedik sont venus nombreux, ce mercredi, lui dire au revoir. L’ancien avocat du Front de libération nationale (FLN) algérien est décédé le mardi 14 juin d’une longue maladie, à l’âge de 79 ans, dans un hôpital parisien. Et c’est là que son corps se trouve encore aujourd’hui. En raison d’un « référé ubuesque » rendu par la justice française, selon son fils Jean-Yves, les obsèques ont dû se tenir sans la dépouille du défunt et donc sans mise en terre. Parce qu’un « groupuscule bien déterminé », en Algérie, mais sur lequel le fils Oussedik refuse de s’attarder, des « voleurs de mémoire et des voleurs d’amour », pour sa sœur, a intenté une action en justice afin que le héros de la libération nationale soit enterré dans le pays qu’il a contribué à libérer.

« La liberté plus importante que la vie »

« Mon père m’a appris que la liberté était plus importante que la vie et que l’honneur est plus important que les honneurs », a déclaré l’une de ses filles lors de la cérémonie funéraire. Mourad Oussedik est né en 1926 à Bougaâ, dans la région de Sétif, à 300 km à l’est d’Alger. Il est issu d’une famille de notables de Aïn el Hammam, ex- Michelet, en Grande Kabylie. Arrêté pour insoumission en 1949 par les autorités françaises, alors qu’il est avocat à Bejaïa (petite Kabylie, 250 km à l’est d’Alger), il est contacté dès 1955 par le FLN pour former un collectif d’avocats. Ce qu’il fait avec Amokrane Ould Aoudia (assassiné en 1959 dans son cabinet) et Abdessamad Ben Abdallah.

Fort d’une centaine de membres, le collectif se charge durant la guerre de libération de défendre les droits des militants du FLN de la fédération de France. Bientôt, ils seront rejoins par Jacques Vergès, Roland Dumas ou encore Gisèle Halimi. Lors du retentissant procès du « réseau Jeanson », le collectif défend une vingtaine de « porteurs de valises », ces Français qui ont pris fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie et y ont concouru depuis la France. Mourad Oussedik sera brièvement député au sein de l’Assemblée constituante de la République algérienne, après l’indépendance, mais s’installera rapidement en France, où il sera un temps conseillé juridique à l’ambassade d’Algérie.

De Khaled à Carlos

Inscrit au barreau de Paris, il exerce son métier avec autant de passion que par le passé. Il a ainsi été le défenseur d’opposants au Roi marocain Hassan II, de manifestants kurdes interpellés à Paris, ainsi que de nombreux ressortissants algériens en France, dont le chanteur Khaled. « Je suis allé trouver Maître Oussedik en lui disant que j’avais des problèmes, et il leur a trouvé des solutions », témoignera simplement l’une de ses clientes, mardi, lors des funérailles.

C’est également Maître Oussedik qui, aux côtés de son compagnon de lutte Jacques Vergès, défendra le terroriste Carlos au début des années 1990, puis l’église de scientologie en 1998. Rien de contradictoire dans ce métier, à en croire le témoignage d’un ami et collègue : « En 1960, Mourad Oussedik défendait le FLN. Moi, je me suis retrouvé à défendre les intérêts de membres de l’Organisation Armée Secrète (OAS). Mais au fond, nous étions tous les deux pour la liberté. »