L’armée ivoirienne brûle un campement d’allogènes dans l’Ouest

L’armée ivoirienne a mis le feu à un camp de paysans Baoulés et Burkinabés près de Guiglo, faisant un mort, ainsi que plusieurs blessés et disparus. Le préfet de la région affirme que les habitants n’étaient plus des paysans cultivateurs mais des rebelles. La question du foncier dans cette région a déjà causé la mort des dizaines de personnes et de nombreux déplacements.

Des éléments des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) ont attaqué et incendié, le 9 novembre dernier, à Sadia carrefour, un campement de près d’un millier d’habitants. Il était situé à une quinzaine de kilomètres de Guiglo (516 km à l’ouest d’Abidjan) et peuplé en majorité d’allogènes ivoiriens de l’ethnie baoulé et de ressortissants burkinabés. L’incendie a causé la mort d’une personne et en a blessé plusieurs autres, alors que plusieurs disparus sont signalés, selon le quotidien indépendant 24 heures, qui rapporte l’information dans son édition de mardi.

Citant des témoignages de rescapés, le journal indique que ces militaires, qui appartiennent au gouvernorat militaire de Guiglo, ont encerclé le campement avant d’ouvrir le feu sur les paysans dont l’un a été mortellement atteint.

Le préfet admet les violences contre des « rebelles »

Ils ont ensuite mis le feu au campement, réduisant en cendres toutes les maisons et les biens des habitants, obligeant ceux-ci à chercher leur salut dans la fuite vers la ville et les villages avoisinants. Ceux qui n’ont pu les atteindre sont depuis portés disparus. Selon 24 heures, les militaires, qui bouclent depuis plusieurs jours toute la zone, en coupant notamment l’axe Guiglo-Sadia, procèdent à des opérations de « ratissage ». Interrogé par le journal, le préfet militaire de Guiglo, Dano Djedjé, a admis les faits sans difficulté. Il a justifié cette véritable expédition punitive menée contre les habitants du campement, qu’il n’a pas hésité à qualifier de « rebelles », et dont le nombre de mort pourrait augmenter dans les jours à venir.

« Nous avons invité les paysans baoulé et burkinabés à la table des négociations afin de déterminer les conditions de leur retour dans leurs plantations. Au lieu de venir, ils ont recruté des rebelles armés et vivent dans les plantations. A chaque fois que les Guérés (ndlr : les autochtones) vont dans les plantations, ces rebelles les tuent. A trois reprises, j’ai envoyé mes hommes dans les campements, ils ont essuyé des tirs nourris de kalachnikov et de RPG. Ce ne sont plus des planteurs, mais des rebelles », a notamment déclaré le préfet militaire qui a menacé de recommencer si ces paysans ne quittent pas ces plantations.

L’Ouest de la Côte d’Ivoire est en proie depuis 2 000 à un grave conflit foncier, opposant les autochtones guérés aux allogènes baoulés et burkinabés, dont plus de 22 000 auraient été expropriés de force. Cette situation est à l’origine de nombreux affontements, qui ont fait plusieurs dizaines de morts et provoqué le déplacement de plusieurs dizaines de milliers de personnes, toutes ethnies confondues.