L’appel de la cime

Il n’est pas rare de trouver dans les campagnes ougandaises des personnes perchées dans les cimes des arbres et suspendues à leur téléphone mobile. Rassurez-vous, ce n’est pas une nouvelle coutume. C’est seulement le moyen d’avoir un meilleur accès au réseau. Chronique d’un système D iconoclaste et plutôt casse-cou.

En Ouganda, à l’instar de beaucoup de pays africains, les habitants des campagnes sont les parents pauvres de la téléphonie mobile. Ils ne se laissent pas pour autant démonter et certains sont prêts à tout pour passer un appel …quitte à se rompre le cou. Afin de jouir d’une conversation téléphonique normale avec leur mobile, ils sont obligés de monter à la cime des armes ou d’escalader les collines pour accéder au réseau.

Tout pour avoir le réseau

Dans le district de Gomba (100 000 habitants), à 90 km au Sud-Ouest de Kampala, l’expérience se vit au quotidien et elle s’avère quelquefois douloureuse. Beaucoup d’accros du portable se sont retrouvés à l’hôpital avec des membres fracturés. Et ces derniers, honteux, n’avouent pas toujours au médecin l’origine de leur état. Tout le monde, sans distinction d’âge et de sexe, s’adonne en effet à cette petite gymnastique souvent plus périlleuse pour les personnes âgées moins lestes que les jeunes. L’Ouganda compte près de 24 millions d’habitants mais seulement un demi million de personnes possède un téléphone cellulaire. Le joujou coûte en moyenne 100 dollars américains, ce qui n’est évidemment pas à la portée de toutes les bourses.

Pourtant, la majorité de la population y a accès grâce aux cabines GSM. « Les gens font souvent l’acquisition d’un portable à des fins commerciales », indique Joachim Buwenbo, directeur du The Sunday Vision of Kampala. Avec un taux de couverture de 60%, MTN est le plus important opérateur en Ouganda avec 400 000 clients. Celtel et UTN se partagent les 100 000 restants. En gestionnaire de risques avertis, les propriétaires de cabines s’installent directement sur les collines et laissent les particuliers se débattre dans les branchages des arbres. Cette pratique n’est pas ignorée des opérateurs de téléphonie mobile.

L’eau, le bois maintenant le réseau

Mais l’extension du réseau tient compte de la densité de la population sur le territoire national. « Par ailleurs, nous ne sommes installés que depuis cinq ans », indique Philip Besiimire, directeur des relations publiques de MTN. Cependant quand le réseau est existant, le signal peut être moins important en certains points que d’autres. La typographie peut également influer sur la qualité de la réception. C’est le cas à Gomba, une région vallonnée (alternance de collines et de vallées). Tomber des arbres est un risque immédiat mais à long-terme le boom de la téléphonie mobile pourrait également avoir des conséquences écologiques.

« Il n’est pas rare de voir à la racine des arbres, des cartes jaunes en plastique (cartes prépayées de MTN, ndlr) », souligne Joachim Buwenbo. En attendant, la quête d’un endroit où capter le signal fait perdre beaucoup de temps. Comme le journaliste ougandais le disait si bien dans un de ses articles, après les heures perdues par les femmes à la recherche d’eau et de bois, les populations rurales doivent maintenant faire face à un nouvel écueil imposé par la société de l’information : la recherche de réseau.