L’APF gravement discréditée en Côte d’Ivoire: enquête dans la Françafrique parlementaire

Les hommes ne font que trop rarement, voire jamais rien pour rien, tout comme il ne saurait y avoir de fumée sans feu. Le député canadien François Paradis, les députés français Jacques Krabal et Emmanuel Maury, dirigeants du Bureau de l’APF, sont descendus à Abidjan, au mépris de la grave crise politique qui y couve. « Circulez, il n’y a rien à voir, la Côte d’Ivoire actuelle est le meilleur des mondes possibles», disent-ils à l’unisson avec l’autocrate Alassane Dramane Ouattara. Déterminés, dans un autisme et une surdité politiques inégalés, à faire honneur à la volonté d’exhibition du régime Ouattara, qui tient à s’offrir un vernis de respectabilité démocratique internationale alors même que sa pratique politique réelle est autocratique, messieurs Paradis, Krabal et Maury viennent de s’imposer comme des ennemis de la souveraineté démocratique du peuple de Côte d’Ivoire. On peut donc se demander : pourquoi ont-ils décidé de prendre ce risque, et même d’aller au bout de cette aventure ignominieuse et scandaleuse de soutien à la violation des principes universels du droit et des fondements classiques de la démocratie moderne ? Nous voulons, dans les lignes qui suivent, établir d’abord la flagrante contradiction entre les textes statutaires de l’APF et la pratique politique du régime Ouattara que messieurs Paradis, Krabal et Maury adoubent pourtant ; ensuite seulement, nous examinerons les motivations possibles d’une telle forfaiture.

Flagrantes violations des textes de l’Assemblée Nationale et de l’APF par les comparses ivoiro-français

Jamais dans son histoire, l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie n’avait été prise de façon aussi flagrante dans la main dans le sac de la complicité avec un régime autocratique africain. L’article 2 des Statuts de l’Organisation Parlementaire prévoit en effet que celle-ci promeuve le respect des principes démocratiques au sein de l’ensemble des sociétés francophones du monde.

Lisons donc :

Comment comprendre qu’une organisation parlementaire internationale qui a se rôle de vigie de la démocratie à travers l’espace francophone se permette de s’accommoder des actes suivants posés par le régime Ouattara en Côte d’Ivoire ?

– Violation de la séparation des pouvoirs, avec l’emprisonnement arbitraire le 15 janvier 2019 du député Alain Michel Lobognon, au mépris de son immunité parlementaire, pourtant garantie par la constitution du 8 novembre 2016

– Violation des règles des Parlements de la CEDEAO et de l’UPA par l’administration Soumahoro dès sa prise de fonction à la tête de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire.

– Violation du règlement intérieur de l’Assemblée Nationale daté du 27 juillet 2018 par le député Amadou Soumahoro devenu Président de cette institution le 8 mars 2019, après la démission de Guillaume Soro le 8 février 2019. En effet, au mépris des articles 138, 139, 140 dudit règlement, Amadou Soumahoro a composé un bureau irrégulier de l’Assemblée Nationale et monté de toutes pièces une section ivoirienne irrégulière de l’APF par un arrêté frauduleux du 17 avril 2019. Les droits de l’opposition parlementaire ivoirienne demeurent à ce jour piétinés et bafoués par le pouvoir exécutif ivoirien et l’APF le sait ! De nombreuses actions de protestation, fort bien argumentées, et même des procès ont été engagés dans cette affaire.

– Violation de la loi ivoirienne en matière de faux en écriture, puisque monsieur Amadou Soumahoro s’est permis, courant juin 2019, de substituer sur le site assnat.ci de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, le règlement intérieur du 27 juillet 2018 en vigueur par un règlement suranné, datant du 1er juin 2006, quand l’Assemblée Nationale ivoirienne sous le FPI, était du reste suspendue de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie.

– Violation des statuts de l’APF qui prévoient en leur article 10.5 que le « Premier Vice-Président a vocation à devenir le Président de l’APF » lors du prochain renouvellement du Bureau. Violation manifeste dès lors que le député Amadou Soumahoro s’est permis de revendiquer en avril 2019 à Ouagadougou et en juin 2019 à Rabat, les fonctions de Président de la région Afrique de l’APF et de Premier Vice-Président de l’APF, statutairement échues pour toute la durée de son mandat parlementaire au député Guillaume Kigbafori Soro

– Violation des Statuts de l’APF, puisque le Premier Vice-Président Guillaume Soro a été empêché de facto depuis avril 2019, d’exercer ses fonctions statutaires à Ouagadougou, Rabat et maintenant Abidjan. Le député Dah Sansan, l’un des imposteurs de la Compagnie Soumahoro-Ouattara, n’a du reste pas hésité à menacer de coups et blessures le Premier Vice-Président Guillaume Soro s’il se rendait à l’hémicycle pour les travaux annoncés de la 45ème session de l’APF des 5 au 10 juillet 2019 à Abidjan.

Comment comprendre que malgré de tels faits flagrants, l’APF se soit contentée d’ignorer le feu qui couve en Côte d’Ivoire, que ses plus hauts dirigeants se soient précipités à l’invitation illégale et irrégulière d’Amadou Soumahoro et de son patron Alassane Dramane Ouattara en Côte d’Ivoire ?

L’arrière-plan de la mascarade de la direction de l’APF en Côte d’Ivoire : la Françafrique parlementaire dévoilée

IL s’agit à présent de comprendre pourquoi messieurs Paradis, Krabal, Maury, se sont permis d’accompagner le régime d’Alassane Dramane Ouattara dans cette immense forfaiture.

On serait tenté de croire d’emblée qu’ils ont péché par ignorance. Ne sont-ils pas éloignés de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique ? N’ont-ils pas au quotidien d’autres chats à fouetter sous d’autres latitudes ? Certes, dira-t-on. Mais la cruelle réalité est là : messieurs Paradis, Krabal, Maury, ont régulièrement été informés de la dérive dictatoriale en cours en Côte d’Ivoire.

Ainsi, le 18 janvier 2019, quelques mois avant d’être prise en otage par le régime Ouattara, voici le communiqué que publiait l’APF à la suite de l’arrestation ubuesque du député Alain Michel Lobognon :

« L’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) qui rassemble 87 parlements dans le monde rappelle son attachement non négociable au respect du principe d’immunité parlementaire au sein de l’espace francophone. Elle rappelle également que seul le Bureau d’une assemblée parlementaire est habilité à lever, au cas par cas et dans certaines circonstances exceptionnelles, l’immunité parlementaire qui protège les députés et les sénateurs pendant la durée de leur mandat. L’APF a pris connaissance avec surprise de l’incarcération d’un député de la République de Côte d’Ivoire. Suite à la décision du Bureau de l’Assemblée nationale ivoirienne présidé par M. Guillaume Kigbafori Soro, l’APF demande en conséquence la libération de M. Alain Lobognon, député de la République de Côte d’Ivoire, élu de Fresco, ainsi que le respect de l’immunité parlementaire de l’ensemble des députés ivoiriens parmi lesquels, M. Jacques Ehouo, député la République de Côte d’Ivoire, élu du Plateau. M. Jacques Krabal, député (France), Secrétaire général parlementaire de l’APF, en lien avec M. Christophe-André Frassa, sénateur (France), Président de la Commission politique de l’APF, ajoute qu’il suivra avec la plus grande attention l’évolution de ces situations. »

Comment comprendre donc que les instances dirigeantes de l’APF qui condamnaient d’ores et déjà la dérive dictatoriale du régime Ouattara en janvier 2019, se soient alignées dès avril 2019 aux quatre volontés dudit régime ? Incontestablement, un vent sulfureux de Françafrique souffle dans l’APF : conciliabules parallèles, lobbyings divers, grosses promesses et mallettes d’argent sale, telles sont les méthodes de la plus vieille organisation politique maffieuse existant entre les élites francophones et françaises. C’est très clairement la Françafrique parlementaire qui se révèle ici au grand jour. Le revirement à 180° de messieurs Paradis, Krabal et Maury dans le dossier parlementaire ivoirien ne peut s’expliquer que par cette diplomatie des mains obscures, où le mépris des peuples de France et de Francophonie en général n’a d’égal que la voracité et la rapacité des corrompus de tous bords. L’avenir judiciaire, médiatique et politique des partenaires de cette odieuse concussion internationale nous dira vite où, quand et comment l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie a basculé dans un tel discrédit historique.